Les frappes ukrainiennes sur des centres de données de Yandex ont-elles affaibli les fermes à trolls russes ?
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Entre le 8 et le 11 octobre 2026, trois centres de données majeurs du géant numérique russe Yandex ont été ciblés par des drones ukrainiens. Ces attaques ont provoqué une mise hors service partielle ou totale de ces infrastructures. Yandex est une entreprise russe spécialisée dans les services internet, comparable à un mélange de Google et d’Amazon en Russie, proposant notamment des moteurs de recherche, du cloud computing et des outils d’intelligence artificielle. Les centres de données sont des bâtiments équipés de serveurs informatiques qui stockent et traitent des données en masse. Les frappes ont visé des infrastructures critiques, dont deux abritaient des supercalculateurs parmi les plus puissants de Russie, comme Galouchkine, classé parmi les 150 plus performants au monde selon le classement TOP500.
Dans les heures suivant les frappes, l’entreprise Cloudflare, qui protège et analyse le trafic internet, a enregistré une chute significative du volume de requêtes automatisées, appelées bots. Ces robots sont des programmes informatiques qui effectuent des tâches répétitives en ligne, comme explorer des sites web pour les indexer (on parle alors de crawlers) ou interagir avec des contenus. Cependant, Cloudflare précise que ses données ne concernent pas spécifiquement l’activité sur les réseaux sociaux, mais l’ensemble des sites protégés par ses services. Certains observateurs, comme le député européen Tomáš Zdechovský, ont émis l’hypothèse d’un lien entre cette baisse et une réduction du soutien automatisé à des mouvements d’extrême droite en Europe et aux États-Unis, comme l’AfD en Allemagne ou le mouvement MAGA. Toutefois, cette connexion n’est pas confirmée par les données disponibles.
Les fermes à trolls désignent des groupes organisés qui utilisent des comptes automatisés ou humains pour diffuser de la désinformation, manipuler l’opinion publique ou amplifier des messages politiques. Selon l’expert Kevin Limonier, les frappes pourraient avoir perturbé certains composants des pipelines (chaînes de traitement automatisées) utilisés par ces fermes. Par exemple, un modèle de langage comme YandexGPT, un outil d’intelligence artificielle hébergé dans le cloud de Yandex, aurait pu devenir inaccessible. Ces modèles permettent de générer, traduire ou diffuser massivement des contenus trompeurs. Cependant, les données ne permettent pas d’évaluer l’ampleur de cet impact, car les fermes à trolls utilisent aussi des infrastructures indépendantes des fournisseurs commerciaux, comme des modèles d’IA auto-hébergés par le renseignement militaire russe.
Yandex a indiqué que la restauration des équipements endommagés, notamment dans le centre de Sasovo, pourrait prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. Cette situation s’explique par deux facteurs majeurs : les sanctions internationales limitent l’accès de la Russie aux composants électroniques essentiels, comme la mémoire vive ou les processeurs, et la pénurie mondiale de ces matériaux. Selon les données de Data Center Map, la Russie dispose de 14 fois moins de centres de données que les États membres de l’Union européenne et 25 fois moins que les États-Unis. Cette faiblesse structurelle rend le pays particulièrement vulnérable aux perturbations de ses infrastructures numériques.
Il est actuellement impossible de mesurer avec précision l’impact à long terme des frappes sur les activités d’ingérence numérique russes. Les données disponibles se limitent à des observations immédiates, comme la baisse du trafic automatisé, sans fournir d’informations sur les stratégies de contournement mises en place par les acteurs malveillants. Par exemple, le renseignement militaire russe finance des modèles d’intelligence artificielle auto-hébergés, indépendants des plateformes commerciales, ce qui leur permet de continuer leurs opérations même en cas de perturbation des services comme ceux de Yandex. Les rapports comme celui d’*Anthropic* en septembre 2026 montrent que des outils d’IA publics sont parfois détournés à des fins malveillantes, mais leur remplacement par des solutions locales complique l’évaluation des dégâts.

