Assurés, mais pas couverts contre certaines catastrophes naturelles, ce que nous enseignent les leçons tirées des incendies en Gironde
L’ESSENTIEL Les incendies de l’été 2026 ne relèvent pas du régime CatNat et font peser un risque sur les particuliers et les assureurs privés. Si l’assurance indemnise les dommages matériels, elle ne couvre pas encore les pertes d’activité pour 15 000 entreprises girondines.
Les incendies de l'été 2026 en Gironde n'ont pas été couverts par le régime CatNat (catastrophes naturelles), un système français d'indemnisation créé en 1982. Ce régime mutualise les dommages à l'échelle nationale via une surprime de 12% à 20% en 2025, financée par les assurés et l'État. Cependant, il ne couvre pas tous les périls. Les incendies, bien que parmi les catastrophes les plus coûteuses au monde (+12% par an selon Swiss Re), en sont exclus. Résultat : les entreprises et particuliers doivent se tourner vers des assureurs privés, qui ne couvrent pas toujours les pertes indirectes comme les interruptions d'activité ou les pertes de clientèle.
L'assurance habitation et professionnelle en France indemnise principalement les dommages matériels directs. Pourtant, une catastrophe climatique comme les incendies de Gironde génère des pertes bien plus larges : interruption d'activité (45% des pertes pour une entreprise évacuée), marchandises perdues (8%), frais de redémarrage (17%) ou clientèle perdue. Ces pertes indirectes ne sont couvertes que si elles sont explicitement mentionnées dans le contrat d'assurance. Par exemple, une entreprise évacuée sans dommage matériel perd jusqu'à 70% de ses pertes potentielles, car seule une partie (30%) pourrait être indemnisée sous conditions strictes (franchises, plafonds, vétusté).
L'illusion d'assurance désigne l'écart entre ce qu'un assuré croit être couvert et la réalité après un sinistre. En Europe, seulement un quart des pertes liées aux événements extrêmes sont assurées entre 1980 et 2024. En France, moins de 10% des forêts privées sont assurées, malgré l'augmentation des risques climatiques. Les assureurs privés, confrontés à des coûts croissants (2,2 milliards d'euros pour la grêle en 2025), doivent augmenter les primes, réduire les garanties ou cesser de couvrir certains risques. Ces leviers aggravent la vulnérabilité des assurés, qui paient davantage pour une protection moindre.
Le ratio combiné mesure la santé financière d'une branche d'assurance en comparant les sinistres et frais aux cotisations perçues. En 2023, il atteignait 106,7% pour les dommages aux biens des particuliers, et 137% après réassurance pour les catastrophes naturelles. Un ratio supérieur à 100% signifie que l'assureur dépense plus qu'il ne collecte, ce qui le pousse à augmenter les primes, réduire les garanties ou exclure des risques. Par exemple, les assureurs privés couvrent déjà les périls les plus rentables et évitent ceux trop coûteux, comme certains incendies en zone rurale.
Face à l'augmentation des risques climatiques, l'adaptation devient essentielle. Elle consiste à réduire la vulnérabilité des entreprises et des territoires avant une catastrophe. Par exemple, un système d'alerte anticipée permet de déplacer des stocks ou d'interrompre un chantier, limitant les pertes. Un plan de continuité d'activité ou des fournisseurs redondants réduisent la durée d'interruption. Des investissements physiques, comme des batardeaux ou un débroussaillement, diminuent aussi les dommages. L'assurance ne doit plus être la seule solution, mais un outil de transfert du risque résiduel après prévention.
L'État et les collectivités locales jouent un rôle clé dans la réduction des risques. Par exemple, le Fonds de prévention des risques naturels majeurs (FPRNM, ou fonds Barnier) permet d'éviter jusqu'à 8 euros de dommages pour chaque euro investi. Pourtant, ce fonds est plafonné à 300 millions d'euros par an, contre plusieurs milliards dépensés en indemnisation. Une proposition de loi adoptée en avril 2026 par l'Assemblée nationale, portée par le député Fabrice Barusseau, vise à limiter la reconstruction à l'identique, car elle finance indirectement la prochaine catastrophe. L'objectif est d'inciter à des mesures d'adaptation collective pour rendre l'assurance plus abordable.
Bénédicte Baggio, cogérante d'un fumoir artisanal à Lège-Cap-Ferret, illustre les limites du système actuel. Son établissement n'a pas brûlé, mais elle a subi des pertes économiques majeures (un tiers de son chiffre d'affaires) en raison de l'évacuation et de l'impossibilité de surveiller sa chaîne du froid. Son cas n'est pas isolé : 14 500 entreprises girondines ont été affectées par les incendies de 2026, principalement par des pertes indirectes non couvertes. Pour réduire son risque, elle pourrait investir dans un site de repli ou un plan de continuité, mais ces mesures ne lui garantissent ni une baisse de prime ni une reconnaissance par son assureur.

