La mémoire des vaincus : histoires intimes de la guerre d'Espagne 17/25 : Un catholicisme fasciste
L’histoire du franquisme ne peut se comprendre sans l’analyse de son alliance indéfectible avec l’Église catholique espagnole dès 1936. C'est cette relation qu'explore "Un catholicisme fasciste" en 2004..
L'épisode explore l'alliance entre le régime franquiste et l'Église catholique espagnole, scellée dès 1936. Cette collaboration fut cruciale pour la victoire de Franco lors de la guerre d'Espagne (1936-1939). Le général Franco, devenu dictateur, s'appuya sur le soutien inconditionnel de l'Église pour légitimer son pouvoir. Un symbole fort de cette alliance était la basilique du Valle de los Caídos (Vallée des Morts), où Franco fut enterré jusqu'en 2019 sous une croix géante. Ce monument illustre l'union entre le fascisme et le catholicisme dans l'Espagne franquiste.
L'Église espagnole a fourni à Franco un vocabulaire religieux pour justifier sa violence. La guerre civile a été présentée comme une croisade, un terme médiéval désignant une guerre menée au nom de Dieu. Selon l'historien Julian Casanova, cette rhétorique a permis de légitimer la violence en la présentant comme un devoir sacré. Par exemple, l'idée que « tuer au nom de Dieu est légitime » a été utilisée pour mobiliser les fidèles. Cette stratégie a renforcé le soutien populaire au régime franquiste, en particulier parmi les catholiques conservateurs.
L'Église catholique espagnole a joué un rôle décisif à deux moments clés du franquisme. En 1937, les évêques espagnols ont publié une lettre ouverte au monde entier pour soutenir Franco. En 1945, alors que l'Espagne était isolée après la Seconde Guerre mondiale en raison de son alliance avec les régimes fascistes, l'Église a de nouveau apporté son soutien au régime. Ces interventions ont aidé Franco à maintenir sa légitimité internationale et interne, malgré les critiques contre son gouvernement.
Au fil des années, Franco a construit une image de lui-même comme un leader religieux, en plus d'être un militaire et un dictateur. Fort du soutien sans faille de l'Église, il a utilisé des symboles et des rituels catholiques pour renforcer son autorité. Par exemple, il a souvent été représenté en tenue de chef d'État aux côtés d'évêques, ou lors de cérémonies religieuses. Cette stratégie a permis de fusionner le pouvoir politique et la foi, créant une forme de catholicisme fasciste où la religion servait de pilier idéologique au régime.
Cet épisode s'inscrit dans la série *La mémoire des vaincus : histoires intimes de la guerre d'Espagne*, diffusée en 2004. Il met en lumière un aspect souvent méconnu de la guerre civile espagnole : le rôle central de l'Église dans la victoire franquiste. Les historiens Paul Preston et Julian Casanova, ainsi que le psychanalyste Manuel Espina, y analysent cette alliance sous différents angles. L'émission s'appuie sur des archives de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel) et de Radio France, offrant un éclairage historique et sociologique sur cette période.

