La Russie sans ambassadeur au Royaume-Uni, un message envoyé à Londres ?
Au terme de sept années de mission dans la capitale britannique, Andreï Kelin a quitté son poste en catimini, fin juillet. Aucun calendrier pour son remplacement n’a été annoncé, alors que les tensions s’accroissent entre les deux pays.
Andreï Kelin, ambassadeur de Russie au Royaume-Uni depuis sept ans, a quitté son poste le 21 juillet 2026 sans annonce officielle ni remplacement immédiat. Son départ, révélé par la presse britannique un mois plus tard, le 23 août 2026, s'est effectué de manière discrète, sans cérémonie ni communiqué. Andreï Kelin, âgé de près de 70 ans, avait entamé sa carrière diplomatique en 1979 sous l'ère soviétique. Il était perçu comme un relais des positions du Kremlin, notamment lors d'apparitions médiatiques ou de déclarations officielles. Les médias britanniques, comme The Spectator, le qualifiaient d'homme de Moscou à Londres, soulignant son rôle dans la communication diplomatique russe.
Le départ d'Andreï Kelin survient dans un contexte de tensions croissantes entre la Russie et le Royaume-Uni. Ces dernières semaines, les relations se sont dégradées, notamment après la révélation de l'utilisation de drones britanniques dans des attaques ukrainiennes contre le territoire russe. La Russie a réagi en brandissant des conséquences sans préciser leur nature, selon The Sunday Times. Le Premier ministre britannique Andy Burnham a de son côté annoncé le 24 août 2026, lors d'un déplacement à Kiev, le partage d'informations clés pour aider l'Ukraine à construire localement des missiles Scalp. Le Kremlin a immédiatement critiqué cette décision, accusant le Royaume-Uni de jeter de l'huile sur le feu.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, l'ambassade de Russie à Londres a vu ses effectifs réduits de moitié. Les activités diplomatiques traditionnelles, comme les invitations à des événements ou les rencontres avec des responsables locaux, se sont raréfiées. Mark Galeotti, spécialiste de la Russie, évoque une perte d'intérêt pour ce poste, autrefois considéré comme prestigieux. L'ambassade, située dans les jardins de Kensington à Londres, est désormais dirigée par Vasili Tsyganov, un chargé d'affaires en attendant un nouvel ambassadeur. Le Kremlin a nié toute volonté de recalibrer les relations bilatérales, mais l'absence de remplaçant soulève des questions sur l'avenir des échanges entre les deux pays.
Plusieurs hypothèses expliquent l'absence de remplaçant pour Andreï Kelin. La première est la difficulté pour le Kremlin à trouver un diplomate compétent et volontaire pour ce poste, particulièrement en août, période généralement calme à Moscou. Le poste d'ambassadeur au Royaume-Uni est considéré comme exigeant en raison des tensions historiques entre les deux pays, qualifiés d'ennemis centenaires par les médias russes. Une autre piste avancée par Mark Galeotti est le manque d'attrait du poste, désormais perçu comme moins prestigieux et plus risqué, notamment en raison des tensions persistantes et des critiques médiatiques fréquentes.
Les médias britanniques analysent ce départ comme un message politique du Kremlin envers Londres. *The Guardian* estime que la Russie cherche à accentuer la pression sur le Royaume-Uni, l'un de ses principaux soutiens à l'Ukraine. Pour *The Spectator*, cette absence prolongée d'ambassadeur pourrait signaler une rétrogradation des relations bilatérales, voire une rupture complète des liens diplomatiques. Le Royaume-Uni reste une cible privilégiée des accusations russes, notamment concernant des opérations de sabotage ou des assassinats ciblés. Malgré les dénégations du Kremlin, cette situation illustre l'état actuel des relations entre Moscou et Londres, marquées par une hostilité croissante depuis le début du conflit ukrainien.

