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Culture

90 ans de la guerre civile : l’Espagne toujours divisée par son passé

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

Le 17 juillet 1936 débute la guerre civile espagnole. Quatre-vingt-dix ans plus tard, la mémoire de la guerre et de la dictature franquiste continue de diviser l’Espagne.

Déclenchement du conflit

Le 17 juillet 1936 marque le début de la guerre civile espagnole, un conflit qui oppose les républicains (partisans d’un gouvernement démocratiquement élu) aux nationalistes (dirigés par le général Francisco Franco, soutenus par une partie de l’armée, l’Église catholique et les élites conservatrices). Ce soulèvement militaire contre la République, proclamée en 1931, s’inscrit dans un contexte de tensions sociales, politiques et économiques extrêmes. La guerre durera jusqu’en 1939 et se soldera par la victoire des nationalistes, instaurant ensuite une dictature dirigée par Franco jusqu’à sa mort en 1975. Les violences entre les deux camps ont causé environ 500 000 morts, selon les estimations historiques, et laissé des traumatismes profonds dans la société espagnole.

Dictature franquiste

Après sa victoire en 1939, le général Franco instaure une dictature qui dure près de 40 ans. Ce régime autoritaire réprime toute opposition politique, notamment les communistes, les anarchistes et les républicains. Les crimes commis pendant la guerre et sous la dictature, comme les exécutions sommaires, les disparitions forcées ou les travaux forcés, n’ont jamais été jugés. On estime que plus de 100 000 personnes ont disparu pendant cette période, selon des associations de victimes. La transition démocratique espagnole, après la mort de Franco en 1975, a privilégié la réconciliation nationale plutôt que la justice, sans que les responsables des exactions ne soient inquiétés.

Mémoire controversée

Quatre-vingt-dix ans après le début de la guerre, la mémoire de ce conflit et de la dictature divise toujours l’Espagne. Une partie de la société exige la reconnaissance des victimes et la condamnation des crimes franquistes, tandis que d’autres, souvent liées à des cercles conservateurs ou nostalgiques du régime, minimisent ou rejettent ces demandes. Cette division s’exprime notamment lors des commémorations ou des débats sur l’exhumation de fosses communes, comme celle du dictateur Franco en 2019. Les politiques mémorielles, visant à préserver cette mémoire, ont été mises en place tardivement et restent incomplètes.

Politiques mémorielles tardives

L’Espagne a adopté sa première loi de mémoire historique en 2007 sous le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero. Cette loi vise à reconnaître les victimes des deux camps de la guerre civile, à faciliter l’exhumation des fosses communes et à retirer les symboles franquistes de l’espace public. Cependant, ses mesures sont jugées insuffisantes par de nombreuses associations de victimes et d’historiens. En 2022, une nouvelle loi de mémoire démocratique est votée pour renforcer ces dispositifs, notamment en interdisant les organisations qui glorifient la dictature et en créant un parquet spécialisé pour enquêter sur les crimes franquistes. Pourtant, son application reste limitée par des résistances politiques et institutionnelles.

Ce que ça pourrait changer

En 2026, soit 90 ans après le début de la guerre civile, l’Espagne reste profondément marquée par ce passé. Les divisions mémorielles influencent encore la vie politique et sociale, avec des partis comme le Parti populaire (conservateur) ou Vox (extrême droite) qui s’opposent souvent aux initiatives de mémoire historique. Les jeunes générations, moins impliquées dans ces débats, sont de plus en plus sensibles à ces questions, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux documentaires. Cependant, le sujet reste sensible, comme en témoignent les polémiques autour des exhumations ou des hommages aux victimes. La société espagnole continue ainsi de chercher un équilibre entre réconciliation et justice.

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