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Culture

Au théâtre des couleurs : Jean Vilar et ses peintres

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 19 j

Jean Vilar n’a pas inventé l’alliance entre la peinture et le théâtre mais il lui a donné une dimension démocratique d’émancipation. De ses collaborations avec les peintres aux dramaturges plasticiens du théâtre contemporain qui lui ont succédé, fenêtre ouverte sur un dialogue sans cesse réinventé..

Jean Vilar et l'art

Jean Vilar, metteur en scène français emblématique, a marqué l'histoire du théâtre en associant étroitement la peinture et la scène. Contrairement à une idée reçue, il n'a pas inventé cette collaboration, mais lui a donné une dimension démocratique et émancipatrice. Son approche visait à créer un art accessible à tous, loin des théâtres traditionnels jugés élitistes. En 1947, il écrivait vouloir « unir l’art généreux du théâtre avec le repos et le plaisir de l’homme », en s'inspirant de la nature et de l'architecture pour offrir une expérience sensorielle et collective. Cette vision a inspiré le Festival d'Avignon, né d'une exposition d'art moderne à la Grande Chapelle du Palais des papes, accompagnée d'un spectacle en plein air. Vilar y voyait une opportunité de briser les barrières entre les arts et de célébrer des « fêtes exceptionnelles » où la peinture et le théâtre dialoguent librement.

Collaborations artistiques

Jean Vilar a collaboré avec plusieurs peintres renommés pour concevoir les décors et costumes de ses spectacles. Parmi eux, Léon Gischia et Mario Prassinos ont marqué son œuvre. Par exemple, Gischia a réalisé des maquettes de costumes pour Meurtre dans la cathédrale de T.S. Eliot en 1945, tandis que Prassinos a créé des costumes pour Macbeth de Shakespeare en 1954 et Macbetto de Verdi en 1964. Ces collaborations illustrent une fusion entre l'art pictural et la mise en scène, où les couleurs et les formes deviennent des éléments narratifs à part entière. Ces œuvres sont aujourd'hui conservées dans des collections publiques et privées, comme celles du Musée Paul Valéry à Sète ou de la Maison Jean Vilar à Avignon. Une exposition intitulée Les couleurs de Jean Vilar, présentée jusqu'au 8 novembre, retrace cette imprégnation mutuelle entre peinture et théâtre de 1940 à 1970, avec près de 40 tableaux et une centaine d'œuvres graphiques.

Héritage et réinvention

L'influence de Jean Vilar s'étend bien au-delà de son époque. Des dramaturges contemporains comme Roger Planchon, Angélica Liddell ou Roméo Castellucci ont réinventé le dialogue entre peinture et théâtre. Ces artistes intègrent souvent des éléments picturaux dans leurs mises en scène, transformant l'espace scénique en une œuvre d'art à part entière. Par exemple, Castellucci et Liddell utilisent des techniques visuelles innovantes pour créer des univers immersifs. Kenza Jernite, maîtresse de conférences en études théâtrales, a étudié cette évolution dans son ouvrage Peinture sur scène; dramaturgies plastiques contemporaines (2022). Elle souligne comment ces créateurs repoussent les limites du théâtre en fusionnant les disciplines artistiques, tout en perpétuant l'esprit démocratique de Vilar.

Exposition et conservation

L'exposition Les couleurs de Jean Vilar, organisée par Ingrid Junillon, conservatrice du patrimoine au Musée Paul Valéry de Sète, met en lumière cette collaboration entre le théâtre et la peinture. Elle présente un parcours en huit sections, incluant des costumes, des tapisseries et des œuvres graphiques issues de collections publiques et privées. L'objectif est de montrer comment les arts visuels ont enrichi les mises en scène de Vilar, tout en offrant une plongée dans l'histoire culturelle des années 1940 à 1970. Cette exposition s'inscrit dans une démarche de préservation et de valorisation du patrimoine artistique, en mettant en avant des pièces souvent méconnues du grand public.

Ce que ça pourrait changer

Le dialogue entre peinture et théâtre ne se limite pas à la collaboration entre artistes. Il interroge aussi les frontières entre les disciplines et les supports. Par exemple, Mathieu Potte-Bonneville, philosophe et directeur du département Culture et Création du Centre Pompidou, s'interroge dans sa *Carte Postale* sur la relation complexe entre le cinéma et les éléments scéniques traditionnels, comme les tentures ou les rideaux. Il note que le cinéma a souvent cherché à éliminer ces éléments, sauf dans des cas exceptionnels où un peintre a marqué l'histoire de cette rencontre. Cette réflexion souligne l'importance des échanges entre les arts et la façon dont ils évoluent ensemble, en s'inspirant ou en se répondant mutuellement.

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