Premiers romans : la guerre de Yougoslavie dans le regard de deux enfants
Dans leurs premiers romans, Šeila Pohara et Amandine Agić, toutes deux d’origine bosnienne, racontent une enfance marquée par la guerre. Entre exil, transmission, silences et mémoire, elles explorent les traces laissées par le conflit et le génocide..
L’article présente deux écrivaines d’origine bosnienne, Amandine Agić et Šeila Pohara, qui ont toutes deux vécu la guerre de Yougoslavie dans leur enfance. Leurs premiers romans explorent cette période traumatisante à travers le regard d’enfants, mêlant souvenirs personnels et fiction. Amandine Agić et Šeila Pohara partagent une expérience commune de l’exil et de la transmission des traumatismes liés au conflit, tout en mettant en lumière la culture bosnienne, notamment sa langue, ses traditions culinaires et ses liens familiaux. Leurs récits offrent une perspective unique sur la guerre, souvent perçue à travers le prisme des silences familiaux et des souvenirs fragmentés.
La guerre de Yougoslavie (1991-2001) est un conflit complexe qui a opposé plusieurs groupes ethniques et religieux après la dissolution de la Yougoslavie. Parmi les événements les plus marquants figure le génocide des musulmans bosniaques, notamment à Srebrenica en juillet 1995, où plus de 8 000 hommes et garçons ont été assassinés par les forces serbes de Bosnie. Ce conflit a entraîné des déplacements massifs de populations et une diaspora importante, notamment en Europe de l’Ouest. Les deux autrices, originaires de Bosnie, ont vécu ces événements dans leur enfance, ce qui a profondément influencé leurs écrits.
Les romans d’Amandine Agić et Šeila Pohara abordent plusieurs thèmes centraux liés à l’enfance en temps de guerre. Ils explorent notamment la perception du monde par un enfant, souvent marquée par des fragments de mémoire et des sensations immédiates, ainsi que la fragilité des repères dans un contexte de violence. Les autrices mettent en avant la transmission des traumatismes familiaux, les silences imposés par l’histoire et la quête d’identité à travers la mémoire collective. Leurs récits soulignent aussi l’importance des liens culturels, comme la langue, les saveurs et les traditions, comme moyens de résistance et de reconstruction.
L’exil est un thème récurrent dans les œuvres des deux autrices. Après la guerre, de nombreuses familles bosniennes ont fui vers des pays européens comme la France, l’Allemagne ou la Suisse. Cet exil a souvent été vécu comme une rupture brutale, mais aussi comme une opportunité de reconstruction. Amandine Agić et Šeila Pohara décrivent dans leurs romans les difficultés de l’intégration, les défis linguistiques et culturels, ainsi que les tensions entre le désir de s’adapter à une nouvelle société et le besoin de préserver son héritage culturel. Leurs récits illustrent comment l’exil peut à la fois effacer et renforcer les traces du passé.
La mémoire et sa transmission sont au cœur des romans présentés. Les autrices montrent comment les traumatismes de la guerre, bien que souvent tus ou minimisés, continuent d’influencer les générations suivantes. Elles explorent les mécanismes de la mémoire familiale, où les silences et les non-dits jouent un rôle aussi important que les récits explicites. Leurs œuvres soulignent l’importance de raconter l’histoire, non seulement pour honorer les victimes, mais aussi pour permettre aux nouvelles générations de comprendre leur héritage. La transmission passe par des objets symboliques, des récits oraux ou des traditions culinaires, qui deviennent des ponts entre le passé et le présent.
Amandine Agić et Šeila Pohara adoptent une approche littéraire qui privilégie la subjectivité et l’émotion plutôt qu’une narration historique ou politique. Leurs romans s’appuient sur des souvenirs d’enfance, des sensations et des perceptions immédiates pour restituer la réalité du conflit. Cette méthode permet de rendre accessible des événements complexes à travers des émotions universelles, comme la peur, l’incompréhension ou l’espoir. Leurs écrits évitent les clichés ou les généralisations, en privilégiant des récits intimes et nuancés qui reflètent la diversité des expériences vécues pendant la guerre.

