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Combien ça coûte d’être Québécois?

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 13 h

Tracez les courbes du coût de la vie pour évaluer à quel point les prix se sont emballés au fil des ans..

Coût de la vie en hausse

Le coût de la vie au Québec a fortement augmenté depuis 2017, devenant un enjeu central de la campagne électorale de 2026. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse : la pandémie de COVID-19, la guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient et les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis. Ces événements ont perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales, faisant flamber les prix des aliments, de l'énergie et des biens essentiels. Par exemple, l'inflation alimentaire dépasse depuis 18 mois le taux d'inflation général, ce qui signifie que les Québécois dépensent proportionnellement plus pour se nourrir qu'avant. L'économiste Geoffroy Boucher, de l'Observatoire québécois des inégalités, souligne que ces hausses touchent particulièrement les ménages modestes, pour qui le logement et l'alimentation représentent une part majeure de leur budget.

Alimentation : +51,5%

En 2026, une famille québécoise composée de deux adultes et deux enfants doit dépenser en moyenne 17 571,79 $ par an pour l'épicerie, soit une hausse de 51,5 % par rapport à 2017. Cette augmentation s'explique par plusieurs crises : la pandémie a perturbé les chaînes d'approvisionnement, la guerre en Ukraine a fait monter le prix du blé et des intrants agricoles (engrais, semences), et les tensions au Moyen-Orient ont fait grimper le coût du pétrole, influençant le transport des aliments. Sylvain Charlebois, directeur scientifique du Laboratoire de recherche en sciences analytiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie, note que le Québec reste l'une des provinces où le panier d'épicerie est le moins cher au Canada, mais que les prix ont fortement augmenté. Les Québécois ont dû adapter leurs habitudes, avec l'émergence de magasins à prix réduits et d'applications comme Food Hero ou Too Good to Go pour limiter les dépenses.

Logement : +69,4% pour les loyers

Le prix des loyers au Québec a augmenté de 69,4 % depuis 2017, mais cette hausse varie selon les régions. Par exemple, des villes comme Saguenay, Trois-Rivières et Sept-Îles, où les loyers étaient autrefois abordables, ont connu des hausses particulièrement marquées. À Montréal, un locataire sur quatre éprouve des difficultés à payer son loyer. Pour les propriétaires, le prix moyen d'une maison unifamiliale a presque doublé depuis 2017. À cela s'ajoutent les coûts de l'électricité et du chauffage, estimés à 137 $ par mois en moyenne pour un client résidentiel d'Hydro-Québec, soit une hausse de 17,1 % depuis 2019. Le logement représente une dépense incompressible, ce qui réduit le pouvoir d'achat des ménages, surtout les plus modestes.

Transport : essence et voitures chères

Le prix de l'essence est très volatile au Québec, influencé par les conflits géopolitiques comme la guerre au Moyen-Orient. En 2026, le prix moyen du litre d'essence ordinaire est élevé, avec des variations régionales importantes : les prix sont plus bas dans les grandes villes comme Montréal en raison du volume de vente, mais plus élevés dans les régions éloignées comme la Gaspésie. L'achat d'une voiture coûte en moyenne 60 286 $ en 2026, soit une hausse de 45,9 % depuis 2019, en partie à cause d'une pénurie mondiale de semi-conducteurs. Les prix des véhicules usagés ont également augmenté de 59,7 %, atteignant 34 985 $ en moyenne. Les assurances, l'entretien et le stationnement s'ajoutent à ces coûts. Pour ceux qui n'ont pas de voiture, le transport en commun reste une alternative, mais les tarifs ont aussi augmenté : une carte mensuelle de métro à Montréal coûte 32,5 % plus cher qu'en 2017.

Loisirs : cinéma et abonnements en hausse

Les dépenses liées aux loisirs ont également augmenté. Par exemple, le prix d'un billet de cinéma standard dans un cinéma Cineplex à Montréal coûte environ 14 $ en 2026, mais peut atteindre 19 $ pour un film en 3D ou 23 $ en IMAX. Les abonnements aux plateformes de diffusion en continu comme Netflix ont presque doublé depuis 2017, passant à un plan standard à deux écrans. Cependant, des forfaits avec publicité, moins chers, sont désormais disponibles. Ces hausses s'ajoutent à d'autres dépenses, comme les frais de garde pour les familles avec enfants ou les droits de scolarité pour les étudiants, qui ont augmenté de 40,7 % depuis 2017.

Inégalités face à l'inflation

La hausse du coût de la vie n'affecte pas tous les Québécois de la même manière. Les ménages à faible revenu sont les plus touchés, car ils consacrent une part plus importante de leur budget au logement et à l'alimentation, deux postes qui ont le plus augmenté. Selon l'Observatoire québécois des inégalités, les personnes à faible revenu dépensent 50 % de leur budget pour ces deux postes, contre 22 % pour les ménages les plus aisés. L'économiste Geoffroy Boucher souligne que les inégalités de revenu se sont creusées au Québec ces cinq dernières années. Le salaire minimum, indexé à 16,60 $ l'heure en mai 2026, ne permet pas d'atteindre un revenu viable, un indicateur qui mesure le seuil de pauvreté. L'IRIS (Institut de recherche et d'informations socioéconomiques) constate que l'augmentation du revenu viable dépasse l'inflation générale, ce qui signifie que la précarité augmente.

Ce que ça pourrait changer

Le *revenu viable* est un indicateur développé par l'IRIS depuis 2015. Il représente le revenu nécessaire pour couvrir les besoins de base (logement, alimentation, transport, etc.) et participer à la vie sociale, sans pour autant vivre dans le luxe. Depuis 2022, l'augmentation du revenu viable est systématiquement supérieure à l'inflation générale au Québec. Par exemple, le salaire minimum de 16,60 $ l'heure en 2026 ne permet pas d'atteindre ce revenu viable, creusant l'écart pour une quatrième année consécutive. Guillaume Tremblay-Boily, chercheur à l'IRIS, explique que travailler à temps plein ne garantit plus de sortir de la pauvreté pour une part croissante de la population. Cette situation reflète un *contrat social brisé*, où l'emploi ne suffit plus à assurer une vie décente.

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