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Culture

Gestion de l'espace public : à San Francisco, des agents désarmés réduisent les incivilités

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

Une nouvelle publication montre qu'à San Francisco, des agents désarmés placés dans les quartiers sensibles permettent d'apaiser les tensions entre civils et police, ainsi que de réduire le nombre d'incivilités..

Contexte politique

Depuis 2020, aux États-Unis, la question du désarmement de la police est devenue centrale après la mort de George Floyd, tué par un policier. Cette affaire a déclenché un mouvement de réflexion sur les méthodes policières et les violences institutionnelles. En réponse, l’administration Biden a lancé en 2021 un plan national encourageant les villes à expérimenter des alternatives, notamment en postant des agents civils désarmés dans les quartiers sensibles. Ces agents, souvent issus de milieux populaires, de situations de sans-abrisme, de toxicomanie ou d’incarcération, sont perçus comme plus à même de désamorcer les tensions sans recourir à la force. Leur rôle vise à compléter celui de la police traditionnelle, en évitant les confrontations violentes et en apaisant les conflits dans l’espace public.

Expérience à San Francisco

À San Francisco, une ONG nommée Urban Alchemy a mis en place une expérience pilote en postant des agents civils désarmés dans des quartiers sensibles, comme le quartier de Tenderloin. Ces agents, recrutés pour leur connaissance des réalités locales, interviennent pour gérer les incivilités de manière non violente. Leur approche repose sur la proximité et la confiance, en évitant les escalades conflictuelles. L’étude publiée dans la revue PNAS Nexus évalue l’impact de cette initiative en analysant les données des centres de secours et des agents sur place. Elle couvre tous types d’incivilités, allant des troubles liés à la santé mentale ou à la toxicomanie aux vols ou aux crimes violents. L’objectif est de mesurer l’efficacité de ces agents dans la réduction des délits mineurs et des tensions.

Résultats chiffrés

Selon les auteurs de l’étude, la présence des agents désarmés aurait permis d’éviter plus de 800 délits mineurs à San Francisco. Ces résultats suggèrent une économie potentielle pour la ville, estimée entre 1 et 7 millions de dollars, bien que ces chiffres restent des estimations. Les scientifiques soulignent que ces données sont prometteuses, mais qu’elles nécessitent d’être confirmées par des études complémentaires. Ils recommandent notamment de prolonger ces expérimentations et de les comparer avec d’autres villes similaires pour valider leur efficacité. Les économies réalisées incluent probablement les coûts liés aux interventions policières, aux soins médicaux ou aux réparations de dégâts matériels.

Méthodologie scientifique

Pour garantir la rigueur de leur étude, les chercheurs ont pris plusieurs précautions méthodologiques. Ils ont multiplié les critères géographiques et temporels pour éviter les biais. Par exemple, ils ont comparé les données avant et après l’intervention des agents, ainsi qu’entre différents quartiers. Les scientifiques ont également utilisé des données objectives, comme les signalements aux centres de secours ou les interventions des agents sur place, pour mesurer l’impact des agents désarmés. Sophie Didier, professeure en aménagement et urbanisme, explique que prouver un lien direct de causalité entre un programme et ses effets est complexe en sciences sociales. Les chercheurs ont donc veillé à isoler l’impact de l’initiative Urban Alchemy des autres facteurs influençant la sécurité publique.

Ce que ça pourrait changer

Malgré des résultats encourageants, l’étude souligne plusieurs limites à prendre en compte. D’abord, les économies estimées de 1 à 7 millions de dollars mériteraient d’être vérifiées par une analyse budgétaire dédiée. Ensuite, il est nécessaire de prolonger ces expérimentations et de les reproduire dans d’autres villes pour confirmer leur efficacité. Enfin, les chercheurs rappellent que les sciences sociales peinent souvent à établir un lien direct de cause à effet entre une action et ses résultats. Pour renforcer la crédibilité de ces initiatives, il faudra donc accumuler davantage de données et comparer les résultats avec ceux d’autres programmes similaires. L’objectif est de déterminer si cette approche peut être généralisée à d’autres contextes urbains.

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