Cisjordanie : l’ONU dénonce une campagne de déplacement forcé
Les forces de sécurité israéliennes ont déplacé de force l’ensemble de la population palestinienne de trois camps de réfugiés en Cisjordanie occupée au début de l’année 2025 et continuent d’empêcher leur retour, en violation du droit international, dénonce vendredi un nouveau rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH)..
En janvier 2025, les forces de sécurité israéliennes ont lancé l’opération militaire « Mur de fer » en Cisjordanie occupée, entraînant le déplacement forcé de l’ensemble des habitants de trois camps de réfugiés palestiniens : Jénine, Nur Shams et Tulkarm. Selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) publié en septembre 2026, ces déplacements se poursuivent encore en 2026, avec plus de 33 000 réfugiés toujours empêchés de rentrer chez eux. Le HCDH souligne que ces actions violent le droit international, notamment en empêchant le retour des populations déplacées. Les autorités israéliennes auraient même déclaré aux habitants que « il n’y aurait plus de camps de réfugiés » et qu’ils devaient « tous partir en Jordanie ». Ces déclarations, combinées aux destructions massives, laissent craindre une volonté systématique d’expulser les Palestiniens pour favoriser l’expansion des colonies israéliennes, jugées illégales par le droit international.
L’opération « Mur de fer » a causé des destructions considérables dans les trois camps ciblés. En octobre 2025, plus de la moitié des constructions du camp de Jénine avaient été détruites ou endommagées, soit 52 %. À Nur Shams, ce taux s’élevait à 48 %, et à Tulkarm, à 36 %. Ces chiffres illustrent l’ampleur des dégâts matériels, qui ont touché des habitations, des infrastructures essentielles comme l’eau et l’électricité, ainsi que des services publics. Le rapport du HCDH précise que ces destructions visaient à rendre les camps inhabitables, empêchant ainsi le retour des réfugiés. L’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) gère ces camps depuis leur création après la Nakba de 1948, un terme arabe désignant l’exode et la dispersion des Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël. Les destructions et les déplacements prolongés soulèvent des questions sur le respect des obligations internationales par Israël.
L’opération « Mur de fer » a également eu un lourd bilan humain. Entre janvier 2025 et la date du rapport (septembre 2026), 102 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes, dont 21 enfants. Ces décès représentent 46 % de l’ensemble des Palestiniens tués en Cisjordanie pendant cette période. Le HCDH note que des moyens militaires lourds, comme des frappes aériennes, des drones armés et des projectiles explosifs, ont été utilisés, alors qu’ils sont conçus pour des champs de bataille et non pour des opérations de maintien de l’ordre. Dans plusieurs cas examinés, les victimes ne semblaient pas représenter de menace imminente. Par exemple, Shalabi, une femme enceinte de huit mois, a été tuée par balle parce qu’elle regardait le sol d’une manière jugée suspecte. Le rapport évoque aussi des règles d’engagement assouplies, permettant des tirs à balles réelles contre des personnes soupçonnées de « tripoter le sol », au motif qu’elles pourraient y dissimuler des explosifs.
Le rapport du HCDH estime que les déplacements forcés, les destructions systématiques et les méthodes utilisées par Israël pourraient constituer des crimes contre l’humanité, notamment le transfert forcé de populations civiles. Le droit international, notamment la Quatrième Convention de Genève, interdit le déplacement forcé de civils en temps de conflit, sauf pour des raisons impérieuses de sécurité. Le HCDH souligne que les actions israéliennes, comme les frappes aériennes et les explosions contrôlées, visaient délibérément à rendre les camps inhabitables et à empêcher le retour des réfugiés. Ces pratiques pourraient aussi s’apparenter à une punition collective, interdite par le droit international, et font craindre un « éventuel nettoyage ethnique ». Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à des enquêtes indépendantes et à ce que les responsables présumés soient tenus pour responsables.
Les autorités israéliennes ont justifié l’opération « Mur de fer » en affirmant que les personnes tuées ou déplacées étaient des « terroristes ». Cependant, le rapport de l’ONU remet en cause cette version, citant des cas où les victimes ne représentaient aucune menace. En février 2025, le ministre israélien de la Défense a ordonné à l’armée de maintenir ses positions dans les trois camps et d’empêcher le retour des réfugiés. Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de tensions en Cisjordanie, une région palestinienne occupée par Israël depuis 1967. Les colonies israéliennes, considérées comme illégales par la communauté internationale, se sont multipliées, réduisant l’espace disponible pour les Palestiniens. Le rapport de l’ONU s’ajoute à une série de condamnations internationales des actions israéliennes en Cisjordanie, où la situation humanitaire se dégrade rapidement.

