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Ceuta : d’une crise migratoire à une crise diplomatique ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 10 j

Le 2 septembre, un document espagnol accuse les autorités marocaines d’avoir fait preuve d’une « totale permissivité » sur la question migratoire pour Ceuta. Ces soupçons font planer le risque d’une potentielle crise diplomatique, alors que Madrid et Rabat ont conclu un accord migratoire dès 2023..

Ceuta, enclave espagnole

Ceuta est une petite ville espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, en face du Maroc. Contrairement au reste de l’Espagne, elle n’est pas sur le continent européen, mais sur le continent africain. Ceuta est ce qu’on appelle une enclave : un territoire entièrement entouré par un autre pays, ici le Maroc. Cette position géographique en fait un point de passage stratégique pour les migrations entre l’Afrique et l’Europe. En juillet 2026, Ceuta a connu un afflux exceptionnel de migrants, avec plus de 1 500 personnes arrivant en seulement deux jours, les 30 et 31 juillet. Cette situation a mis en lumière les tensions autour de la gestion des frontières et des flux migratoires entre l’Espagne et le Maroc.

Accusations marocaines

Le 2 septembre 2026, un document officiel espagnol, émanant du Centre national de l’immigration et des frontières, a accusé les autorités marocaines d’avoir adopté une attitude de « totale permissivité » face à l’afflux de migrants vers Ceuta. Selon ce rapport, le Maroc aurait facilité, voire encouragé, le passage des migrants vers l’enclave espagnole. Cette accusation s’inscrit dans un contexte de relations déjà tendues entre les deux pays, malgré un accord migratoire signé en 2023. Le Maroc rejette ces allégations, mais l’Espagne menace de réévaluer sa coopération avec Rabat, ce qui pourrait aggraver les tensions diplomatiques.

Crise diplomatique latente

Les accusations espagnoles contre le Maroc risquent de déclencher une crise diplomatique entre les deux pays. L’Espagne, représentée par son Premier ministre Pedro Sánchez, et le Maroc, dirigé par le roi Mohammed VI, entretiennent des relations complexes, marquées par des désaccords sur plusieurs sujets, dont la question du Sahara occidental. L’accord migratoire de 2023, censé stabiliser les flux, semble aujourd’hui fragilisé. Si l’Espagne décide de suspendre ou de réviser cet accord, cela pourrait avoir des conséquences économiques et sécuritaires pour les deux pays, notamment en matière de lutte contre le terrorisme ou de coopération économique.

Ce que ça pourrait changer

Kader Abderrahim, maître de conférences à Sciences Po Paris et spécialiste du Maroc, souligne que cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de rivalités géopolitiques en Afrique du Nord. Pour l’Espagne, Ceuta représente un enjeu symbolique et stratégique : c’est l’une des deux seules frontières terrestres de l’Union européenne avec l’Afrique. Pour le Maroc, la question migratoire est un levier de pression dans ses négociations avec l’Europe. Les deux pays doivent désormais trouver un équilibre pour éviter une escalade, alors que les tensions persistent et que les flux migratoires continuent de s’intensifier.

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