L’itinérance, un phénomène en hausse partout dans le monde
L'accès à un logement abordable est devenu l'un des enjeux les plus pressants du 21e siècle, selon l'ONU..
L’itinérance, qui désigne la situation des personnes sans abri ou vivant dans des conditions précaires de logement, touche désormais 318 millions de personnes dans le monde, selon les données de l’ONU. Ce chiffre représente plus du double de la situation avant la pandémie de COVID-19. La principale cause de cette augmentation est la hausse des coûts des logements, qui progresse plus rapidement que les revenus des ménages. Par exemple, 44 % des foyers mondiaux consacrent plus de 30 % de leurs revenus au paiement du loyer, un seuil souvent considéré comme un indicateur de difficulté financière liée au logement. Cette pression financière rend l’accès à un logement abordable de plus en plus difficile, même pour ceux qui travaillent, et contribue à l’aggravation de l’itinérance dans de nombreux pays.
Au Québec, la situation de l’itinérance est particulièrement préoccupante. Le dernier recensement de 2025 y dénombrait 12 077 personnes en situation d’itinérance visible, dont près de la moitié vivaient à Montréal. Cependant, toutes les régions sociosanitaires de la province comptaient au moins une centaine de personnes sans abri. Cette problématique a poussé le premier ministre désigné du Québec, Paul Saint-Pierre Plamondon, à s’engager à organiser un sommet sur l’itinérance d’ici juin 2027, avec pour objectif de réduire ce phénomène de moitié d’ici 2030. Les tragédies récentes, comme le décès d’une femme dans l’incendie d’un campement à Montréal-Nord ou celui d’un homme dans le centre-ville de Granby, illustrent l’urgence de la situation et l’émotion qu’elle suscite dans la société québécoise.
Face à l’itinérance, plusieurs solutions sont envisagées, mais aucune ne fait consensus. Eric Latimer, professeur émérite au département de psychiatrie de l’Université McGill, plaide pour un accès immédiat à un logement permanent, idéalement un petit studio équipé d’une cuisine et d’une salle de bain, plutôt que des solutions temporaires comme les campements ou les maisons de transition. Il souligne que la société québécoise a les moyens financiers de garantir ce standard minimum à tous. Cependant, il reconnaît que certains groupes, comme les femmes victimes de violence conjugale ou les jeunes, pourraient bénéficier temporairement de structures supervisées pour des raisons de sécurité ou d’accompagnement. L’objectif reste de sortir les personnes de l’itinérance le plus rapidement possible, sans normaliser des solutions précaires.
Donner un toit à une personne sans abri ne suffit pas à résoudre durablement sa situation, selon Elisabeth Greissler, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal. Elle explique que l’itinérance est un phénomène complexe qui ne se limite pas à l’absence de logement. Une fois logées, les personnes peuvent rencontrer d’autres difficultés : sentiment d’insécurité, gestion de traumatismes accumulés, maintien d’un revenu stable, ou encore accès aux soins. Greissler souligne que les problèmes émergent souvent après l’obtention d’un logement, ce qui montre que l’accompagnement social et psychologique est tout aussi crucial que l’accès au logement lui-même. Elle critique par ailleurs une tendance des sociétés à réagir dans l’urgence plutôt qu’à prévenir l’itinérance en amont.
Pour éviter que des personnes ne basculent dans l’itinérance, **Eric Latimer** propose d’intensifier les mesures de prévention, notamment en offrant un **accompagnement renforcé** aux ménages à risque d’éviction. L’objectif est d’intervenir avant qu’une expulsion ne survienne, en aidant les personnes à négocier avec leurs propriétaires, à trouver des aides financières ou à accéder à des programmes de soutien. Cette approche préventive vise à réduire le nombre de cas d’itinérance évitables. Latimer et Greissler s’accordent sur l’importance d’une réponse globale, combinant logement, sécurité et accompagnement social, plutôt que des solutions ponctuelles ou isolées. La prévention, selon eux, reste le levier le plus efficace pour lutter contre ce phénomène structurel.

