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En Méditerranée, les poissons fuient la chaleur, mais pas nécessairement comme on s’y attendrait

The Conversation France · mis à jour il y a 22 j

Au cours des deux dernières décennies, en raison du réchauffement des eaux de la Méditerranée lié au changement climatique, près de la moitié des espèces de poissons présentant un intérêt commercial ont abandonné leurs habitats d'origine pour se diriger vers des latitudes plus élevées, des profondeurs plus importantes et des eaux plus froides. KinoMasterskaya / Shutterstock , CC BY La Méditerranée est l’un des écosystème.

Méditerranée : écosystème fragile

La Méditerranée est considérée comme l’un des écosystèmes marins les plus vulnérables au monde en raison de pressions humaines cumulatives et d’un risque climatique élevé qui s’aggrave. Ces pressions incluent la surpêche, la pollution, l’urbanisation côtière et l’intensification des activités économiques. Le bassin méditerranéen, semi-fermé et relié à l’océan Atlantique uniquement par le détroit de Gibraltar, limite les possibilités de déplacement des espèces marines vers des zones plus favorables. Cette configuration géographique en fait une zone particulièrement exposée aux effets du changement climatique, avec des températures océaniques qui augmentent plus rapidement que dans d’autres régions du globe.

Poissons en mouvement

Au cours des vingt dernières années, près de la moitié des espèces de poissons d’importance commerciale en Méditerranée ont vu leur aire de répartition se modifier en raison du réchauffement des eaux. Parmi les 102 espèces analysées dans une étude récente, 42 ont montré des changements significatifs. Ces déplacements ne suivent pas toujours une logique simple : certaines espèces thermophiles, comme la raie étoilée (Raja asterias), se déplacent vers le sud et l’ouest, tandis que d’autres, comme le poisson-grenouille à ventre noir (Lophius budegassa), préfèrent migrer vers des eaux plus profondes pour échapper à la chaleur. Ces mouvements illustrent une adaptation complexe des écosystèmes marins face au changement climatique.

Vélocité climatique expliquée

La vélocité climatique est un indicateur qui mesure à la fois la vitesse et la direction du réchauffement des océans. Elle permet de déterminer dans quelle mesure les espèces doivent se déplacer pour conserver des conditions de température adaptées à leur habitat naturel. En Méditerranée, les régions où le réchauffement est le plus rapide poussent les espèces à migrer vers des zones plus fraîches. Par exemple, des poissons comme le megrim à quatre taches (Lepidorhombus boscii), le picarel (Spicara smaris) ou la raie étoilée (Raja asterias) se déplacent vers le sud-ouest, suivant la direction de la vélocité climatique. Cette migration s’accompagne souvent d’un rapprochement des côtes, où les eaux sont moins profondes.

Migration vers le sud et les côtes

Contrairement aux attentes initiales, les espèces méditerranéennes ne se déplacent pas uniquement vers le nord ou les profondeurs pour fuir la chaleur. Elles privilégient souvent un mouvement vers le sud et les zones côtières moins profondes. Cette tendance s’explique par la géographie de la Méditerranée occidentale, où les fonds marins remontent naturellement vers le sud. Ainsi, des espèces comme le megrim ou le picarel se rapprochent des côtes, où les températures restent plus stables. Ce phénomène illustre la complexité des réponses écologiques au changement climatique, qui varient selon les espèces et les régions.

Méridionalisation des espèces

Le processus de méridionalisation décrit l’expansion des espèces endémiques d’eau chaude et le déclin des espèces d’eau froide en Méditerranée. Ce phénomène est directement lié au réchauffement des eaux et à l’augmentation des températures. Les espèces thermophiles, qui préfèrent des eaux modérément chaudes, gagnent du terrain, tandis que les espèces boréales, adaptées aux eaux froides, voient leur habitat se réduire. Cette transformation des écosystèmes a des conséquences majeures sur la biodiversité méditerranéenne et les activités humaines, notamment la pêche commerciale.

Impasse géographique pour les poissons

La Méditerranée, en tant que bassin semi-fermé, limite les possibilités de migration des espèces vers des zones plus fraîches. Les poissons ne peuvent pas se déplacer indéfiniment vers le nord en raison des barrières continentales, comme la côte française dans le golfe du Lion. Une alternative consiste à plonger vers des eaux plus profondes, mais cette option dépend des limites physiologiques de chaque espèce. Certaines, comme le poisson-grenouille à ventre noir, peuvent s’adapter en profondeur, tandis que d’autres, moins tolérantes, restent bloquées dans des zones où les conditions deviennent hostiles.

Ce que ça pourrait changer

Face à ces bouleversements, des mesures de gestion adaptées au changement climatique sont urgently nécessaires pour préserver les stocks de poissons et les écosystèmes méditerranéens. Parmi les solutions proposées, on trouve l’identification de *refuges climatiques marins*, des zones où les espèces peuvent prospérer malgré le réchauffement. Ces refuges doivent être protégés et conservés pour maintenir la biodiversité. Une autre piste consiste à améliorer les réponses d’adaptation du secteur de la pêche artisanale, en associant les pêcheurs, les scientifiques et les décideurs politiques dans des stratégies collaboratives. Ces mesures visent à concilier exploitation durable des ressources et préservation des écosystèmes.

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