Poétiques du réel, avec Christiane Jatahy et Jaha Koo
Christiane Jatahy signe avec Wagner Moura "Un Procès", un prolongement de la pièce "Un Ennemi du Peuple" de Ibsen. Jaha Koo présente quant à lui "Cuckoo", "The History of Korean Western Theatre" et "Haribo Kimchi", trois pièces sur l'identité coréenne à l'heure de la mondialisation..
Christiane Jatahy, metteuse en scène brésilienne, et Jaha Koo, artiste sud-coréen, partagent une expérience commune : celle de l’exil et du déracinement. Nés sur deux continents différents et séparés par une génération, leurs parcours personnels ont profondément influencé leur travail artistique. Tous deux intègrent dans leurs créations les thèmes de la vulnérabilité humaine et des tensions géopolitiques, notamment la montée des extrêmes droites et les effets du capitalisme sauvage. Leur art, à la croisée du théâtre, de la vidéo, de la musique et de la performance, cherche à interroger le spectateur sur les enjeux contemporains, en mêlant récits personnels et critiques sociales. Christiane Jatahy collabore régulièrement avec des acteurs internationaux, tandis que Jaha Koo utilise son expérience autobiographique pour aborder des sujets comme l’impérialisme culturel ou les crises économiques.
Christiane Jatahy présente Un Procès. Après un Ennemi du Peuple, une pièce co-signée avec l’acteur brésilien Wagner Moura, créée à l’occasion des 80 ans du Holland Festival, de l’Edinburgh International Festival et du Festival d’Avignon. Cette œuvre s’inspire de la pièce Un Ennemi du Peuple écrite en 1882 par le dramaturge norvégien Henrik Ibsen. L’intrigue se déroule dans un tribunal où le personnage principal, le Docteur Thomas Stockmann, incarné par Wagner Moura (lauréat du Golden Globe 2026 du meilleur acteur dramatique masculin), doit se défendre face à des accusations portées par son frère Pierre. Le public, tiré au sort, joue le rôle du jury. La pièce explore des débats contemporains comme la tension entre écologie et économie, la vérité face à l’opinion majoritaire, ou encore l’équilibre entre intérêt individuel et collectif. Christiane Jatahy y questionne la santé des démocraties à l’ère des populismes.
Jaha Koo, artiste sud-coréen récompensé en mars 2026 par l’International Ibsen Award, est connu pour ses créations mêlant vidéo, musique et performance, où l’absurde côtoie le tragique. Ses pièces s’appuient sur son propre vécu pour dénoncer les conséquences de l’hypercapitalisme en Corée du Sud après la crise économique de 1997, ainsi que l’impérialisme culturel occidental. Son pays a été placé sous tutelle du FMI en 1997, ce qui a entraîné une explosion du taux de suicide et une disparition progressive de la culture traditionnelle au profit d’un modèle hégémonique anglo-saxon. Jaha Koo aborde ces thèmes dans des œuvres comme Cuckoo (2017), qui traite du suicide, The History of Korean Western Theatre (2020), qui questionne l’assimilation culturelle, et Haribo Kimchi (2024), qui interroge l’hybridation forcée entre traditions locales et influences globales.
Les œuvres de Christiane Jatahy et Jaha Koo s’inscrivent dans un contexte politique et social marqué par la montée des extrêmes droites et la domination du capitalisme mondialisé. Christiane Jatahy, à travers *Un Procès*, invite le public à réfléchir sur la notion de vérité et de majorité, en le plaçant au cœur d’un débat judiciaire où les rôles de juge et d’accusé sont inversés. Jaha Koo, quant à lui, utilise son art pour donner une voix aux victimes silencieuses des crises économiques et culturelles, en transformant des données quantifiables (comme le taux de suicide en Corée du Sud après 1997) en récits poétiques et engagés. Ces deux approches artistiques visent à créer une prise de conscience collective face aux défis contemporains.

