Ai-je bien fait de goûter à la viande de baleine en Islande ?
Cédant à la curiosité, ce chroniqueur du journal espagnol “El País” a dégusté une brochette de viande de baleine dans un restaurant de Reykjavik. Une viande grasse, dont la texture est proche de celle du bœuf, mais dont la consommation est extrêmement controversée dans les pays qui autorisent encore la chasse aux cétacés..
Le texte introduit une réflexion sur l’adaptation aux coutumes locales lors de voyages, illustrée par un proverbe espagnol. Il évoque l’époque victorienne en Grande-Bretagne, où les élites combinaient science et gastronomie en consommant des espèces exotiques. Le naturaliste Charles Darwin, lors de son expédition à bord du navire Beagle entre 1831 et 1836, a ainsi goûté des animaux comme des tatous ou des tortues géantes, décrivant même un gros rongeur de couleur chocolat (probablement un agouti) comme particulièrement savoureux. Cette pratique, appelée zoophagie (consommation de viande d’animaux sauvages ou peu communs), était alors valorisée comme une forme d’aventure culinaire et scientifique.
L’auteur relate son expérience en Islande, l’un des trois pays (avec le Japon et la Norvège) pratiquant encore la chasse aux cétacés. Face à une assiette de viande de baleine grillée dans un restaurant de Reykjavik, il s’interroge sur la légitimité de cette consommation, entre tradition locale et enjeux éthiques modernes. La question centrale est de savoir si l’adhésion à une coutume gastronomique locale, comme le suggère le proverbe espagnol, doit primer sur d’autres considérations, notamment environnementales ou morales. L’Islande autorise cette pratique dans le cadre d’une chasse dite de subsistance (pour nourrir les populations locales) et de recherche scientifique, bien que la viande soit aussi commercialisée.
Le texte souligne que la consommation de viande de baleine en Islande s’inscrit dans une longue tradition, remontant à l’époque où les Vikings exploitaient les ressources marines pour survivre. Aujourd’hui, cette pratique est encadrée par des quotas de chasse fixés par le gouvernement islandais, souvent critiqués par les organisations de protection des animaux. En 2023, l’Islande a autorisé la chasse à 209 baleines, un chiffre en baisse par rapport aux années précédentes, reflétant une réduction progressive de cette activité. Les défenseurs de cette tradition mettent en avant son caractère culturel et économique, tandis que ses opposants dénoncent son impact sur les populations de cétacés, déjà menacées par d’autres menaces comme le changement climatique.
L’article aborde les tensions entre tradition et éthique en matière de consommation de viande de baleine. D’un côté, les partisans de cette pratique soulignent son ancrage dans la culture islandaise et son rôle dans l’économie locale, notamment pour les communautés côtières. De l’autre, les critiques pointent du doigt les souffrances infligées aux animaux et le déclin des populations de baleines, comme la baleine à bosse ou le rorqual commun, classées comme espèces vulnérables par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En 2022, le Japon a également repris la chasse commerciale à la baleine après s’en être retiré en 1986, illustrant la persistance de ces débats à l’échelle mondiale.
L’auteur ne tranche pas entre tradition et éthique, mais invite le lecteur à se questionner sur ses propres limites en matière de consommation alimentaire. Faut-il goûter à un plat local par curiosité, même si cela implique de soutenir une pratique controversée ? Cette question renvoie à des dilemmes plus larges, comme la consommation de viande en général ou l’achat de produits issus d’industries polluantes. L’article suggère que le voyage peut être l’occasion de confronter ses valeurs à des réalités culturelles différentes, sans pour autant imposer un jugement. La réponse dépend donc de l’équilibre personnel entre ouverture d’esprit et respect des principes individuels.

