En Corée du Sud sévit toujours la guerre des écritures
Système d’écriture propre à la langue coréenne, le hangeul est devenu un symbole de l’indépendance du pays, contrairement aux caractères chinois dont l’utilisation a été imposée durant la colonisation japonaise. Mais ces derniers résistent encore, rapporte le journal nippon “Mainichi Shimbun”..
Le hangeul est le système d’écriture phonétique de la langue coréenne, créé sous le règne du roi Sejong le Grand (1418-1450) de la dynastie Joseon. Ce dernier, avec l’aide d’érudits, a élaboré cet alphabet en 1446 et l’a officiellement promulgué dans un ouvrage intitulé Hunminjeongeum, signifiant Sons corrects pour instruire le peuple. Avant cette invention, les Coréens utilisaient les idéogrammes chinois (hanja) pour écrire leur langue, un système complexe et peu adapté à la phonétique coréenne. Le hangeul se distingue par sa simplicité et sa logique interne : ses 24 lettres (14 consonnes et 10 voyelles) sont conçues pour être faciles à apprendre et à mémoriser. Aujourd’hui, le 9 octobre, jour de la promulgation du Hunminjeongeum, est célébré en Corée du Sud comme la fête du Hangeul, avec des événements commémoratifs organisés dans tout le pays.
Le hangeul est bien plus qu’un simple système d’écriture en Corée du Sud : il incarne l’indépendance linguistique et culturelle du pays face à son histoire coloniale. Sous la colonisation japonaise (1910-1945), l’utilisation des idéogrammes chinois (hanja) a été imposée, puis les Japonais ont tenté d’imposer leur propre système d’écriture. Le hangeul, en revanche, est devenu un symbole de résistance et de fierté nationale. Une statue en bronze de Sejong le Grand, située près de la porte principale du palais Gyeongbokgung à Séoul, rend hommage à son inventeur. Près de cette statue se trouvent les bureaux de la Société du hangeul, un institut de recherche dédié à la promotion et à la défense de cet alphabet. Yi Dae-ro, représentant de l’Association de la culture hangeul, affirme que leur mouvement est avant tout un mouvement d’indépendance linguistique, soulignant ainsi le lien entre langue et souveraineté nationale.
Malgré l’importance symbolique et pratique du hangeul, les idéogrammes chinois (hanja) résistent encore en Corée du Sud, notamment dans certains milieux académiques, littéraires et administratifs. Bien que le hangeul soit la norme officielle depuis des décennies, certains Coréens, en particulier les générations plus âgées ou les intellectuels, continuent d’utiliser les hanja pour des raisons historiques, culturelles ou par habitude. Cette coexistence crée une forme de guerre des écritures, où les partisans du hangeul tentent de promouvoir son usage exclusif, tandis que d’autres défendent l’héritage des hanja. Le journal japonais Mainichi Shimbun souligne que cette tension persiste, reflétant des débats plus larges sur l’identité nationale et la modernité. Les partisans du hangeul voient dans son adoption généralisée une affirmation de l’autonomie culturelle de la Corée du Sud, tandis que ses détracteurs y voient une perte de lien avec l’histoire et la tradition.
L’invention du *hangeul* en 1446 s’inscrit dans un contexte historique où la Corée cherchait à affirmer son identité face à la domination culturelle chinoise. Les idéogrammes chinois (*hanja*) étaient utilisés depuis des siècles pour écrire le coréen, mais leur complexité limitait l’alphabétisation de la population. Le roi Sejong, soucieux d’éduquer son peuple, a donc créé un système d’écriture simple et accessible. Sous la colonisation japonaise (1910-1945), l’usage des *hanja* a été renforcé, puis les Japonais ont imposé leur propre système d’écriture, avant que le *hangeul* ne soit rétabli comme alphabet officiel après l’indépendance de la Corée en 1945. Cette histoire explique pourquoi le *hangeul* est aujourd’hui perçu comme un symbole de liberté et de résistance, tandis que les *hanja* restent associés à une période de domination étrangère.

