Xavier Timbeau : « Le frein à la transition écologique n’est pas budgétaire, il est politique »
Dans le budget 2027, l’écologie arrive en fin de liste. Selon Xavier Timbeau, directeur de l'Institut français d'économie, des marges existent pourtant : taxer le capital comme le travail, s’endetter sous contrôle européen..
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 en France, présenté le 1er octobre 2026, ne place pas la transition écologique parmi ses priorités. Bien que la mission Ecologie soit quasi-stable, des enveloppes budgétaires sont réduites, notamment pour l’Ademe (Agence de la transition écologique) et le dispositif MaPrimeRénov’ (passé de 2,5 milliards d’euros en 2024 à 1 milliard en 2027). L’effort public nécessaire pour décarboner l’économie française est estimé à 18 milliards d’euros supplémentaires par an par l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), alors que le déficit public atteint 5% et que les taux d’intérêt augmentent. Xavier Timbeau, directeur de l’Institut français d’économie, souligne que cette situation reflète un manque d’ambition politique plutôt qu’une contrainte budgétaire insurmontable.
L’été 2026 a été marqué par des canicules, des sécheresses et des incendies, illustrant l’urgence climatique. Pourtant, le PLF 2027 ne propose pas de mesures significatives pour y répondre. Par exemple, seulement quelques avions sont prévus pour lutter contre les incendies, alors que les dommages agricoles de la sécheresse pourraient coûter plusieurs dizaines de milliards d’euros. Xavier Timbeau critique l’absence de vision à long terme, notamment pour l’adaptation des bâtiments aux chaleurs extrêmes ou la prévention des risques. Il estime que cette paralysie politique, née de la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, empêche toute avancée majeure sur le climat.
Pour Xavier Timbeau, le principal obstacle à la transition écologique n’est pas budgétaire mais politique. Il souligne que la France a déjà démontré sa capacité à augmenter fortement ses dépenses militaires malgré un déficit chronique de 5%. Les leviers possibles incluent des choix de dépenses (comme la désindexation des pensions de retraite ou la réduction des aides aux entreprises), la lutte contre la fraude fiscale, ou encore une hausse ciblée de la fiscalité. Il rappelle que le taux de prélèvements obligatoires en France est surévalué dans les comparaisons internationales, car il inclut les cotisations retraite, et que l’impôt sur le revenu y est parmi les plus bas de l’OCDE. Une fiscalité plus juste et progressive, notamment sur le capital, pourrait dégager des marges de manœuvre.
Xavier Timbeau insiste sur l’importance du consentement à l’impôt pour financer la transition écologique. Il cite l’exemple des Gilets jaunes, qui ont montré que les citoyens acceptent une hausse des taxes environnementales si elles sont justes et transparentes. La suppression de la taxe d’habitation en 2023 a privé les collectivités locales d’un levier fiscal local, ce qui a affaibli leur capacité à agir. Pour améliorer l’acceptation, il propose une fiscalité neutre, progressive et harmonisée au niveau européen, ainsi qu’une meilleure répartition de l’effort entre revenus du capital et du travail. Les travaux de l’Institut des politiques publiques révèlent en effet que le taux d’imposition s’effondre au sommet de la distribution des revenus.
La France, l’un des pays les plus endettés de la zone euro, doit respecter la règle des 3% de déficit public, mais Xavier Timbeau propose de l’assouplir pour les investissements verts, comme cela a été fait pour les dépenses militaires. Il rappelle que la Commission européenne a déjà autorisé des dérogations pour les budgets de défense, et suggère d’étendre ce mécanisme au climat, considéré comme une menace existentielle. Cependant, la France s’oppose à cette idée, ce qui limite ses marges de manœuvre. Par ailleurs, le taux d’intérêt de la dette française (5%) reflète une méfiance des marchés, qu’il faudrait lever en renforçant la crédibilité de la zone euro, par exemple avec un engagement de type « whatever it takes » de Mario Draghi en 2012.
Xavier Timbeau estime qu’une majorité politique pourrait émerger autour de l’idée que la transition écologique est une condition de survie pour la France. Il propose de dépolitiser l’écologie pour en faire un sujet consensuel, en s’appuyant sur des arguments pragmatiques. Il note que le Rassemblement National (RN) et La France Insoumise (LFI) remettent en cause les politiques environnementales, mais que leur opposition pourrait être surmontée par une approche plus constructive. Selon lui, la clé réside dans la démonstration que la transition est un investissement pour l’avenir, et non une contrainte coûteuse. Le paysage politique post-présidentielle sera déterminant pour faire avancer ce dossier.

