L’achat de sous-marins par Ottawa « transformera » l’industrie navale de la C.-B.
Le Canada a quatre sous-marins en fin de vie à la base militaire d'Esquimalt et un seul est opérationnel..
Le gouvernement canadien a annoncé l'achat de jusqu'à 12 sous-marins auprès du constructeur germano-norvégien Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS), une entreprise spécialisée dans la fabrication de navires militaires. Cette commande, d'une valeur estimée entre 20 et 24 milliards de dollars canadiens, vise à moderniser la flotte canadienne et à remplacer les quatre sous-marins actuels de la base militaire d'Esquimalt, en Colombie-Britannique. Un seul de ces sous-marins est encore opérationnel, les autres étant en fin de vie. Les négociations avec TKMS devraient aboutir d'ici fin 2027, avec une livraison prévue des quatre premiers sous-marins en 2034. Cette commande marque un tournant pour l'industrie navale canadienne, car elle implique des retombées économiques majeures pour la province, notamment en termes d'emplois et d'investissements.
L'achat des sous-marins devrait générer des centaines, voire des milliers d'emplois bien rémunérés en Colombie-Britannique, principalement dans la maintenance et l'entretien des navires. Selon le ministre provincial de l'Emploi et de la Croissance économique, Ravi Kahlon, ces emplois pourraient s'étendre sur 50 ans, offrant une stabilité professionnelle aux travailleurs spécialisés. Les retombées économiques pour la région sont estimées à deux ou trois fois la valeur de l'achat des sous-marins, soit jusqu'à 72 milliards de dollars sur 10 ans. Ces fonds proviendront notamment des investissements dans les infrastructures de la base militaire, estimés à 10 milliards de dollars, et des paiements en tenant lieu d'impôts (PTLI) versés par Ottawa aux municipalités abritant des propriétés fédérales. Par exemple, Esquimalt tire déjà 20 % de ses revenus de ces paiements.
La base militaire d'Esquimalt emploie actuellement environ 4 500 militaires et 2 500 employés civils. L'arrivée des nouveaux sous-marins devrait entraîner une augmentation significative de ces effectifs, avec des centaines de nouveaux travailleurs chaque jour. Ces employés, souvent spécialisés et bien formés, auront besoin de logements, de services (restaurants, cafés, services à l'enfance, santé) et d'infrastructures adaptées. La mairesse d'Esquimalt, Barbara Desjardins, souligne que cette croissance démographique et économique nécessitera des investissements dans les transports en commun, les routes et les logements pour éviter les congestions et répondre aux besoins des familles. La base militaire est située à Colwood, près du port d'Esquimalt, ce qui facilitera l'accès aux services locaux.
Bien que la Colombie-Britannique soit la province la plus concernée par cette commande, le ministre Ravi Kahlon précise que les sous-marins seront partagés à parts égales avec la Nouvelle-Écosse, une autre province abritant une base navale de la Marine royale canadienne. Cette décision reflète une volonté de répartir les retombées économiques entre les régions. Historiquement, la Colombie-Britannique a été la première province canadienne à posséder un sous-marin, avant de le vendre au gouvernement fédéral en 1914. Ce projet symbolique marque donc un retour de l'importance stratégique de cette province dans le domaine naval.
L'entreprise canadienne Seaspan, spécialisée dans l'entretien naval et le plus grand constructeur naval du pays, voit dans cette commande une opportunité majeure pour développer l'expertise canadienne dans la maintenance des sous-marins. Seaspan emploie actuellement 1 200 personnes à Victoria, dont 300 spécialisées dans l'entretien des sous-marins. L'entreprise espère que cette collaboration avec le constructeur allemand TKMS, dont les sous-marins seront également vendus aux alliés de l'OTAN, permettra aux entreprises canadiennes de vendre leur savoir-faire à l'international. Les possibilités incluent la fabrication de pièces, de tableaux de bord ou de systèmes de tuyauterie. Seaspan se prépare à recruter davantage pour répondre à la demande accrue.
Si les négociations avec TKMS échouent, le gouvernement canadien se tournera vers le constructeur sud-coréen *Hanwha Ocean*, qui avait également été en compétition pour la commande. Seaspan a déjà travaillé avec les deux entreprises sur des plans de transition et d'entretien des sous-marins. Par exemple, le 25 mai 2024, la base militaire d'Esquimalt a accueilli un sous-marin de classe KSS-III de Hanwha Ocean pour une démonstration. Cette flexibilité garantit que le projet naval ne soit pas bloqué en cas d'échec des discussions avec TKMS. Les deux constructeurs sont donc en compétition, mais leur participation au projet est déjà planifiée pour assurer la continuité des opérations.

