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Culture

Des forêts et des hommes : En Suède, les Samis dépossédés

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 2 h

Pilier de l'économie suédoise, l'industrie sylvicole suédoise a transformé en profondeur la forêt boréale. Entre coupes rases et monocultures, les grands groupes menacent les modes de subsistance des rennes, et avec eux la culture des Samis, dernier peuple autochtone d'Europe..

Qui sont les Samis ?

Les Samis forment le dernier peuple autochtone d’Europe, principalement établi dans le nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et de la Russie, une région appelée Sápmi. Leur mode de vie traditionnel repose en grande partie sur l’élevage de rennes, une activité qui structure leur culture, leur économie et leur relation avec le territoire. Les rennes se nourrissent principalement de lichen, un champignon gris-vert qui pousse dans les forêts boréales, un écosystème de conifères dominé par les pins et les épicéas. Pour les Samis, les sentiers forestiers utilisés par les rennes lors de leurs migrations saisonnières sont des artères vitales, reliant les différents espaces de leur territoire. Ces sentiers, tracés depuis des siècles, permettent aux éleveurs de suivre les déplacements des troupeaux et de gérer leur élevage de manière nomade ou semi-nomade.

Forêt boréale et exploitation

La forêt boréale suédoise, située dans le nord du pays, est un écosystème riche et fragile, adapté aux conditions climatiques froides. Elle joue un rôle clé dans la régulation du climat et abrite une biodiversité unique. Depuis plusieurs décennies, la Suède a développé une industrie forestière intensive, faisant de ce secteur un pilier de son économie. Les pratiques incluent des coupes rases, où tous les arbres d’une zone sont abattus, et des monocultures de pins ou d’épicéas, qui remplacent les forêts naturelles diversifiées. Ces méthodes visent à maximiser la production de bois, mais elles perturbent profondément les écosystèmes locaux. Par exemple, les monocultures ne permettent pas aux rennes de trouver suffisamment de lichen, leur alimentation de base, car ce champignon a besoin de forêts anciennes et diversifiées pour se développer.

Impact sur les rennes et les Samis

Les transformations de la forêt boréale ont des conséquences directes sur les rennes et, par ricochet, sur les Samis. Les routes forestières, construites pour faciliter l’exploitation du bois, morcellent les territoires et coupent les sentiers de transhumance traditionnels, empêchant les rennes de migrer librement. De plus, les monocultures de conifères ne fournissent pas le lichen nécessaire à leur alimentation, ce qui affaiblit leur santé et réduit leur capacité à se reproduire. Pour les Samis, cela signifie une perte de leur moyen de subsistance, mais aussi une atteinte à leur culture et à leur identité, étroitement liées à l’élevage des rennes. Les conflits entre les éleveurs samis et les industries forestières se multiplient, notamment autour des concessions forestières où des coupes rases sont autorisées.

Rôle de l’État suédois

L’État suédois joue un rôle central dans cette dynamique, en encourageant activement l’exploitation des ressources naturelles de la forêt boréale. Depuis des décennies, il a fait de l’industrie forestière un vecteur de croissance économique, en soutenant les grands groupes sylvicoles et en facilitant l’accès aux territoires. Cependant, cette politique a souvent été menée au détriment des droits des Samis, dont les revendications territoriales et culturelles ont été ignorées ou minimisées. Les Samis ont progressivement obtenu une place dans les instances consultatives, comme le Parlement sami de Suède (Sámediggi), créé en 1993, qui leur permet de participer aux décisions concernant leur territoire. Malgré cela, leur influence reste limitée face aux intérêts économiques des industries forestières, hydroélectriques et minières, qui continuent de s’étendre dans le Sápmi.

Autres industries et déforestation

Au-delà de l’exploitation forestière, d’autres industries contribuent à la dégradation des écosystèmes du Sápmi. L’industrie hydroélectrique, par exemple, a modifié le cours des rivières, perturbant les écosystèmes aquatiques et les zones humides essentielles pour les rennes. Plus récemment, l’industrie minière s’est également développée, avec des projets d’extraction de minerais qui menacent les territoires samis. Par ailleurs, la Suède est un acteur majeur de la déforestation importée, notamment à travers son entreprise emblématique, Ikea. Le géant suédois du meuble consomme environ 20 millions de mètres cubes de bois par an, soit l’équivalent d’un arbre abattu toutes les deux secondes. Une partie de ce bois provient de pays comme la Pologne, la Roumanie ou le Brésil, où l’exploitation forestière contribue à la destruction d’écosystèmes locaux.

Luttes et résistances samies

Face à ces pressions, les Samis mènent des luttes pour défendre leurs droits et leur territoire. Ils s’opposent aux coupes rases dans les zones utilisées par les rennes et tentent de faire reconnaître leurs revendications dans les débats publics et les instances politiques. Leur combat s’appuie sur des arguments écologiques, en soulignant l’importance de préserver les forêts anciennes et diversifiées pour maintenir les écosystèmes, mais aussi sur des arguments culturels et juridiques. En Suède, les Samis ont obtenu des avancées, comme la reconnaissance de leurs droits territoriaux dans certaines zones, mais les conflits persistent, notamment avec les industries forestières et minières. Leur mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large de défense des droits des peuples autochtones en Europe et dans le monde.

Ce que ça pourrait changer

Les transformations de la forêt boréale suédoise ont également des implications écologiques et climatiques majeures. Les forêts anciennes, riches en biodiversité, jouent un rôle clé dans la séquestration du carbone et la régulation du climat. Leur remplacement par des monocultures ou leur destruction réduit cette capacité, contribuant ainsi au réchauffement climatique. De plus, la dégradation des écosystèmes forestiers menace des espèces animales et végétales endémiques, comme le lichen, qui est essentiel à la survie des rennes. Ces enjeux sont d’autant plus critiques que le nord de la Suède est une région particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique, avec des températures en hausse et des conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles.

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