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Société

«Ce n'est pas normal d'y travailler quand on est un enfant»: le triste piège des mines de Potosí, en Bolivie

Slate FR · mis à jour il y a 28 j

Malgré l'interdiction du travail minier pour les moins de 18 ans, des milliers d'enfants boliviens continuent de descendre dans les galeries du Cerro Rico pour soutenir leur famille. Entre pauvreté, accidents mortels et manque de perspectives, certains jeunes se retrouvent vite pris au piège de la «montagne riche» andine..

Potosí et son Cerro Rico

Potosí est une ville coloniale bolivienne située à plus de 4 000 mètres d'altitude dans les Andes. Elle abrite le Cerro Rico (littéralement « colline riche » en espagnol), une montagne surexploitée depuis près de cinq siècles pour ses minerais, principalement de l'argent, de l'étain, du zinc et du plomb. Cette exploitation a donné à Potosí une réputation historique, mais elle reste aujourd'hui un symbole de précarité. Environ 30 000 mineurs travaillent quotidiennement dans les galeries du Cerro Rico, selon la Comibol (l'entreprise minière d'État bolivienne chargée de ce gisement). Malgré une loi de 2018 interdisant le travail minier pour les moins de 18 ans, des milliers d'enfants y travaillent illégalement, souvent en mentant sur leur âge pour échapper aux contrôles.

Enfants dans les mines

Certains enfants commencent à travailler dans les mines dès l'âge de 12 ans, bien que la loi bolivienne interdise cette pratique pour les moins de 18 ans. On estime que les mineurs de moins de 18 ans représentent environ 8 % des travailleurs du Cerro Rico, un chiffre qui peut doubler pendant les vacances scolaires. Ces enfants, comme Christian (15 ans) ou Juan Carlos (14 ans), effectuent des tâches physiques éprouvantes, comme pousser des wagonnets chargés de 200 kilos de minerais ou casser des blocs de roche. Leur journée de travail peut durer de 8 à 9 heures, six jours par semaine, dans des conditions dangereuses. Beaucoup consomment des feuilles de coca pour stimuler leur endurance, une pratique courante dans les mines boliviennes.

Dangers et accidents

Les galeries du Cerro Rico sont extrêmement dangereuses. Les risques incluent les effondrements, les chutes de rochers, les intoxications aux gaz et les accidents avec des wagons ou des outils. En 2025, 123 mineurs sont décédés dans les mines de Potosí, dont six jeunes âgés de 15 à 17 ans. Ariel, un ancien mineur reconverti en guide touristique, raconte avoir perdu un ami dans un accident et avoir promis de ne plus travailler dans la mine, malgré des revenus bien moindres. Les mineurs sont censés renforcer les parois instables avec des troncs d'eucalyptus, mais cette tâche n'est pas rémunérée et est souvent négligée, aggravant les risques d'effondrement.

Pauvreté et cycle infernal

La pauvreté est le principal moteur du travail des enfants dans les mines. Une journée de travail rapporte environ 200 bolivianos (soit 18 euros), presque le double du salaire journalier moyen en Bolivie. Cette somme, bien que modeste, est vitale pour des familles souvent issues de zones rurales pauvres. Enrique Paz, coordinateur de l'association Amigos de Potosí, explique que les jeunes commencent par travailler une semaine pour acheter des affaires, puis s'enchaînent sur des périodes plus longues, comme « engloutis » par la mine. Ce travail précoce entraîne des conséquences graves : abandon scolaire, mariages et parentalité précoces, usure prématurée des corps, et transmission du travail minier aux générations suivantes. Les enfants des mineurs deviennent souvent eux-mêmes mineurs, perpétuant un cycle de pauvreté et de danger.

Efforts pour briser le cycle

Des associations comme Amigos de Potosí, fondée en 2002, tentent d'offrir des alternatives aux jeunes. Leurs projets incluent des ateliers de musique autochtone, des potagers pédagogiques, des cours d'informatique et des apprentissages instrumentaux, comme la flûte pour Alex, 20 ans, qui espère ouvrir son garage. Enrique Paz souligne que ces initiatives aident certains jeunes à retrouver confiance en eux et à envisager un avenir hors de la mine. Cependant, il reconnaît que sans une volonté politique forte, l'impact reste limité face à la puissance économique et culturelle de l'exploitation minière. Les locaux évitent souvent d'aborder le sujet, le rendant encore plus difficile à combattre.

Ce que ça pourrait changer

Les témoignages des jeunes mineurs révèlent l'ampleur du problème. Juan Carlos, 16 ans, décrit son épuisement après des journées de travail, son incapacité à se concentrer en classe et les dangers constants, comme des dynamites non déclenchées. Margarita, une tante de mineur, explique que la mine est un mal nécessaire pour nourrir sa famille, malgré les risques. Certains, comme Juan Carlos, rêvent de devenir policiers pour revenir à Potosí et protéger les enfants des mines. D'autres, comme Alex, misent sur leurs études pour quitter définitivement ce milieu. Cependant, la pression économique et l'absence de solutions structurelles rendent ces espoirs fragiles.

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