La discrimination, un concept utile pour repenser la minorité des enfants ?
Colloque organisé par le CERCRID, Université de St Etienne avec la Faculté de Droit Julie-Victoire Daubié, Université Lyon 2 et le laboratoire Transversales sous la direction scientifique de Benjamin Moron-Puech, Professeur de droit privé à l'Université Lyon 2, CERCRID et Pierre Michel, MCF en droit privé à l'Université Lyon 2, TransversalesLire la suite....
L’article explore le lien entre le concept de discrimination et la situation des enfants, souvent perçus comme une minorité dans la société. La discrimination désigne ici le traitement inégal ou défavorable subi par un individu ou un groupe en raison de caractéristiques spécifiques (âge, origine, genre, etc.), conduisant à des désavantages sociaux, économiques ou juridiques. L’enfant, en tant que personne en développement, est particulièrement vulnérable à ces mécanismes, notamment dans des domaines comme l’éducation, l’accès aux soins ou la protection sociale. L’objectif de cette réflexion est de montrer comment l’analyse des discriminations peut éclairer les inégalités subies par les enfants, et inversement, comment leur statut de minorité influence leur exposition à ces discriminations. Le texte s’appuie sur des travaux de recherche en droit et en sciences sociales pour illustrer ce phénomène.
Le terme minorité ne renvoie pas ici à une simple question numérique, mais à une position de vulnérabilité au sein de la société. Les enfants forment une minorité au sens où ils dépendent des adultes pour leur protection, leur éducation et leur représentation juridique. Cette dépendance les expose à des risques accrus de discrimination, notamment dans des contextes où leurs droits ne sont pas pleinement reconnus ou protégés. Par exemple, des études montrent que les enfants issus de milieux défavorisés ou appartenant à des groupes marginalisés (comme les enfants migrants) subissent des discriminations systémiques dans l’accès à l’éducation ou aux services publics. Le droit, en tant qu’outil de régulation sociale, joue un rôle clé pour atténuer ces inégalités, mais son efficacité dépend de sa capacité à intégrer les spécificités de l’enfance.
Le droit international et national encadre la protection des enfants contre les discriminations, notamment à travers des textes comme la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) adoptée en 1989. Cette convention, ratifiée par 196 États, reconnaît aux enfants le droit à une protection contre toute forme de discrimination et à une égalité de traitement. En France, des dispositifs juridiques comme la Haute Autorité pour la lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE, aujourd’hui intégrée au Défenseur des droits) ont pour mission de lutter contre ces inégalités. Cependant, malgré ces cadres, des lacunes persistent, notamment dans l’application concrète des lois ou dans la prise en compte des discriminations intersectionnelles (liées à plusieurs critères comme le genre et l’origine).
Les travaux de recherche cités dans l’article soulignent l’importance d’une approche pluridisciplinaire pour comprendre et combattre les discriminations envers les enfants. Les chercheurs en droit, sociologie ou psychologie analysent par exemple comment les stéréotypes (comme ceux liés au genre ou à l’origine sociale) influencent les attentes et les traitements réservés aux enfants dès leur plus jeune âge. Ces études mettent en lumière des mécanismes souvent invisibles, comme la discrimination systémique (intégrée dans les institutions ou les pratiques sociales), qui perpétue des inégalités structurelles. L’article mentionne également des manifestations scientifiques organisées par des universités françaises, où ces questions sont débattues, comme une journée d’étude prévue le 15 octobre 2026 sur le rôle du droit dans la fabrication du compromis social.
Repenser la minorité des enfants à travers le prisme de la discrimination ouvre des pistes pour renforcer leur protection et leur inclusion. Cela implique de mieux former les professionnels (enseignants, travailleurs sociaux, magistrats) à la détection et à la prévention des discriminations, mais aussi de sensibiliser le grand public aux biais inconscients qui affectent les enfants. Un défi majeur reste l’articulation entre les droits des enfants et les droits des parents ou des tuteurs, notamment dans des contextes de migration ou de précarité. L’article suggère que le droit, en tant qu’outil de régulation, doit évoluer pour mieux répondre aux réalités complexes de l’enfance, en intégrant des mécanismes de participation active des enfants dans les décisions qui les concernent.

