Trouble de l'attention ou de la motivation? Le TDAH pourrait avoir été mal compris pendant des décennies
De nouvelles études avancent que le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) serait avant tout une affaire d'«engagement soutenu». Une nuance qui pourrait bien changer la manière d'appréhender ce trouble..
En France, le Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) touche environ 6 % des enfants scolarisés et 2,5 % des adultes, selon l'association HyperSupers TDAH France. Ce trouble se manifeste par des difficultés à se concentrer, à organiser ses tâches ou à gérer les obligations quotidiennes. Ces dernières années, le nombre de diagnostics a fortement augmenté, tout comme les prescriptions de psychostimulants, qui ont progressé de 154 % en cinq ans. Cette hausse soulève des questions : s'agit-il d'une meilleure reconnaissance d'un trouble longtemps sous-diagnostiqué, ou d'une extension excessive des critères diagnostiques ? Le débat reste ouvert, certains évoquant même une possible épidémie de TDAH.
Les symptômes du TDAH ne se limitent pas à des problèmes d'attention, mais incluent aussi des difficultés à maintenir un engagement soutenu. Selon le psychiatre Awais Aftab, ces symptômes reflètent moins une incapacité à filtrer les distractions qu'un manque de motivation à s'investir dans certaines tâches. Par exemple, une personne peut avoir du mal à rester concentrée sur un travail administratif ou à respecter des délais, non pas par manque d'attention, mais parce que son cerveau ne perçoit pas ces activités comme prioritaires. Ces difficultés peuvent concerner des tâches banales comme faire la lessive ou gérer des notes de service, et impactent significativement la vie quotidienne.
Une étude publiée en 2025 dans la revue Cell a analysé l'effet des médicaments stimulants, comme la Ritaline, sur le cerveau des enfants atteints de TDAH. Les résultats montrent que ces traitements agissent principalement sur les circuits cérébraux liés à la salience (l'importance perçue d'une information), à la récompense et à l'excitation, sans modifier significativement les réseaux neuronaux dédiés à l'attention. En d'autres termes, les médicaments ne rendent pas les tâches plus faciles à réaliser, mais elles peuvent donner l'impression d'améliorer la concentration en augmentant la valeur perçue de ces activités. Cela suggère que le TDAH pourrait être davantage lié à un problème de motivation qu'à un déficit d'attention pur.
La science remet en question l'idée selon laquelle le TDAH serait avant tout un trouble de l'attention. Une expérience menée dans les années 1990 a révélé que des enfants hyperactifs préféraient souvent une petite récompense immédiate à une récompense plus importante mais différée. Cela indique que leur difficulté ne résidait pas dans leur capacité à attendre, mais plutôt dans leur aversion pour l'attente elle-même. Ainsi, considérer l'attention comme le problème central du TDAH pourrait conduire à négliger des patients souffrant d'ennui, d'instabilité émotionnelle ou de procrastination, même s'ils présentent des symptômes similaires.
Les recherches actuelles sur le TDAH mettent davantage en lumière des problèmes de *contrôle des impulsions* et de *motivation* que de capacité d'attention. Le psychiatre **Awais Aftab** souligne que les causes et les traitements du TDAH restent partiellement méconnus, mais que les nouvelles découvertes permettent d'affiner la compréhension de ce trouble. Par exemple, les difficultés de concentration pourraient être influencées par de nombreuses voies cérébrales, et non par un seul mécanisme. Cette évolution des connaissances illustre comment la médecine ajuste progressivement sa perception des troubles, à mesure que de nouvelles données scientifiques émergent.

