La Turquie veut acquérir des F-35 américains, mais la Russie veille
Éjectée du programme otanien de F-35 en 2019 après l’achat d’armes russes, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan aimerait néanmoins pouvoir passer commande du très performant avion de combat américain. Donald Trump semble vouloir débloquer ce dossier en faveur d’Ankara, même si plusieurs obstacles sont encore à surmonter..
En juillet 2024, un sommet de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord, alliance militaire regroupant 32 pays dont les États-Unis et la Turquie) s’est tenu à Ankara, la capitale turque. Ce sommet a mis en lumière les relations tendues mais en amélioration entre la Turquie, dirigée par le président Recep Tayyip Erdogan, et les États-Unis, représentés par le président Donald Trump. Lors de cette rencontre, Erdogan a été reçu avec les honneurs par Trump, qui a qualifié son homologue turc de « très bon ami ». Ce sommet a notamment abordé la question épineuse de l’acquisition par la Turquie des avions de combat F-35, un sujet qui divise les deux pays depuis plusieurs années. Les discussions ont abouti à une promesse américaine : la levée des sanctions qui empêchaient jusqu’ici Ankara d’acheter ces appareils.
En 2019, la Turquie a été exclue du programme de conception et de production des F-35, un avion de combat de 5e génération réputé pour sa furtivité (capacité à échapper aux radars ennemis). Cette exclusion fait suite à l’achat par Ankara du système de défense antiaérienne russe S-400, un choix qui a profondément inquiété Washington. Les États-Unis craignaient que le déploiement simultané des S-400 et des F-35 en Turquie ne permette à la Russie d’étudier les caractéristiques techniques de l’avion américain, notamment sa furtivité, l’un de ses atouts majeurs. Cette exclusion a entraîné des pertes financières importantes pour la Turquie : elle avait investi 1,4 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros) dans le programme F-35, sans compter les 9 milliards de dollars (7,8 milliards d’euros) de pertes pour les sous-traitants turcs, qui devaient fournir des pièces pour ces avions.
L’achat du système S-400 par la Turquie, réalisé auprès de la Russie, représente un investissement de 2,5 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros). Ce choix stratégique a provoqué une crise diplomatique avec les États-Unis, membres de l’OTAN, et a conduit à l’exclusion de la Turquie du programme F-35. Les S-400 sont des systèmes de défense antiaérienne capables d’intercepter des avions et des missiles à longue distance. Leur acquisition par Ankara a été perçue comme un rapprochement avec Moscou, ce qui a suscité des tensions avec Washington. Le quotidien turc T24 a souligné que cet achat avait non seulement un coût financier direct, mais aussi des conséquences indirectes, comme la perte d’investissements et de contrats pour l’industrie aéronautique turque.
Lors du sommet de l’OTAN à Ankara, Donald Trump a annoncé la levée des sanctions américaines qui empêchaient la Turquie d’acquérir des F-35. Ces sanctions avaient été imposées en réponse à l’achat des S-400 russes. Cette décision marque une tentative de réchauffement des relations entre les deux pays, bien que les tensions sous-jacentes persistent. La levée de ces sanctions permettrait à la Turquie de moderniser son armée avec des avions de combat de pointe, tout en renforçant sa position au sein de l’OTAN. Cependant, ce rapprochement soulève des questions sur l’équilibre géopolitique en Europe et au Moyen-Orient, où la Russie et les États-Unis sont en compétition pour influencer les alliances militaires.

