Des superbactéries vieilles résistantes aux antibiotiques pourraient refaire surface avec la fonte des glaces
La fonte du pergélisol libère d'anciennes bactéries résistantes aux antibiotiques. Les scientifiques cherchent à mieux les appréhender pour anticiper les potentielles résistances et proposer des médicaments adéquats..
Le permafrost désigne un sol gelé en permanence, présent dans les régions polaires comme l’Arctique ou la Sibérie. Il peut contenir des micro-organismes, dont des bactéries, qui y sont piégés depuis des milliers, voire des millions d’années. Avec le réchauffement climatique, la fonte de ce permafrost libère ces bactéries dans l’environnement. Certaines de ces bactéries pourraient être porteuses de gènes de résistance aux antibiotiques, des mécanismes naturels qui leur permettent de survivre à des traitements conçus pour les tuer. Ces gènes sont souvent portés par des morceaux d’ADN appelés plasmides, qui peuvent se transférer entre bactéries, même d’espèces différentes. En 2017, des chercheurs ont découvert dans le permafrost de l’Arctique des bactéries résistantes à des antibiotiques comme la bêta-lactamine ou la vancomycine, utilisés en médecine humaine.
La résistance aux antibiotiques est un phénomène naturel où des bactéries développent la capacité à survivre à des traitements antibiotiques, initialement efficaces contre elles. Cela se produit lorsque des bactéries mutent ou acquièrent des gènes de résistance, souvent via des plasmides. Ces gènes codent pour des protéines qui neutralisent l’action de l’antibiotique ou l’empêchent d’entrer dans la bactérie. Par exemple, la résistance à la bêta-lactamine, une classe d’antibiotiques très utilisée, est fréquente chez certaines bactéries comme Staphylococcus aureus. En 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que cette résistance cause environ 700 000 décès par an dans le monde. La fonte du permafrost pourrait libérer des bactéries porteuses de tels gènes, risquant de les propager dans l’environnement ou même chez l’humain.
Le réchauffement climatique entraîne une fonte accélérée des glaces et du permafrost, notamment en Arctique où les températures augmentent deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Selon une étude publiée en 2020, la surface du permafrost pourrait diminuer de 40 % d’ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. Cette fonte libère non seulement des bactéries anciennes, mais aussi des virus géants et des matières organiques piégés depuis des millénaires. En 2014, des chercheurs français ont isolé une souche de Pithovirus, un virus géant, dans un échantillon de permafrost vieux de 30 000 ans. Bien que ces virus ne soient pas directement liés aux antibiotiques, leur réveil illustre les risques sanitaires potentiels liés à la fonte du permafrost.
La libération de bactéries résistantes aux antibiotiques depuis le permafrost représente un risque sanitaire pour l’humain et les écosystèmes. Ces bactéries pourraient contaminer les sols, les cours d’eau ou les animaux, puis se propager jusqu’aux populations. En 2016, une épidémie de brucellose, une maladie animale transmissible à l’homme, a été attribuée à la fonte du permafrost en Sibérie. Bien que les cas restent limités, les scientifiques craignent que la situation ne s’aggrave avec l’accélération de la fonte. Les autorités sanitaires, comme l’OMS, surveillent ce phénomène, mais les mécanismes de transmission et les impacts à long terme restent mal connus. Une étude de 2021 souligne que 90 % des bactéries du permafrost étudiées possédaient au moins un gène de résistance.
Face à ce risque, des chercheurs étudient des solutions pour limiter la propagation des bactéries résistantes. En 2022, une équipe internationale a séquencé l’ADN de bactéries du permafrost pour identifier les gènes de résistance les plus dangereux. Ces travaux visent à anticiper les menaces et à développer des **antibiotiques de nouvelle génération** capables de cibler ces bactéries. Parallèlement, des mesures de prévention sont encouragées, comme la réduction des émissions de CO₂ pour limiter la fonte du permafrost. En 2023, le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a alerté sur l’urgence d’agir, rappelant que **75 % des nouvelles maladies infectieuses** chez l’humain proviennent d’animaux ou de l’environnement. Ces recherches soulignent l’importance de la surveillance des écosystèmes polaires.

