Un urgentologue canadien sur 10 abandonne sa spécialité, selon un sondage
Près de la moitié des répondants disent aussi avoir réduit leurs heures, alors que 20 % ont pris des pauses..
Une étude publiée dans le Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) révèle qu’un urgentologue canadien sur dix a quitté sa spécialité, tandis que près de la moitié des répondants ont réduit leurs heures de travail et 20% ont pris une pause professionnelle. Ces chiffres illustrent un épuisement professionnel massif dans ce domaine. L’étude, basée sur des sondages auprès de 410 médecins de tout le Canada (sauf le Nunavut et le Yukon), a été menée en quatre phases entre avril 2020 et janvier 2025. Les femmes et les jeunes urgentologues sont particulièrement touchés par cet épuisement, qui menace la qualité des soins et la sécurité des patients. Les auteurs de l’étude, dont la coautrice Kerstin de Wit, soulignent que ce phénomène n’est pas lié uniquement à la pandémie, mais s’inscrit dans un système de santé déjà fragilisé.
Le système de santé canadien est en crise, selon les auteurs de l’étude. Les salles d’urgence sont saturées, les délais d’attente s’allongent et des millions de Canadiens n’ont pas accès à un médecin de famille. En 2024-2025, un Canadien sur dix admis à l’hôpital a passé plus de 48 heures aux urgences, un record en six ans. Cette situation est attribuée à plusieurs facteurs : des capacités d’accueil limitées dans les hôpitaux, des difficultés d’accès aux soins de base et le vieillissement de la population. Les urgentologues, comme James Maskalyk de Toronto, décrivent un sentiment d’isolement et d’impuissance face à un système surchargé, où les relations médecin-patient se dégradent. Les problèmes organisationnels sont pointés du doigt comme une cause majeure de l’épuisement professionnel.
En 2024, l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) estimait à environ 3 750 le nombre d’urgentologues au Canada, tandis que l’Association canadienne des médecins d’urgence (ACMU) en comptait 6 000. Ces écarts s’expliquent par le fait que les urgentologues ne sont pas des salariés, mais travaillent sous contrat, ce qui rend leur recensement difficile. Les femmes et les jeunes urgentologues sont plus touchés par l’épuisement professionnel, avec des taux plus élevés que la moyenne. Les conséquences de cet épuisement sont graves : baisse de la qualité des soins, risques pour la sécurité des patients et départs massifs de la profession. Les auteurs de l’étude insistent sur l’urgence de résoudre ces problèmes pour éviter un effondrement du système.
Pour remédier à cette crise, les auteurs de l’étude et des urgentologues comme James Maskalyk appellent à des solutions structurelles. Ils recommandent aux gouvernements et aux établissements de santé d’investir dans les soins gériatriques, d’accroître les effectifs et de combler les lacunes en matière de soins de base. Certaines initiatives locales montrent des résultats encourageants : en Ontario, des professionnels comme les pharmaciens et les ambulanciers ont obtenu plus de liberté pour soigner des patients hors des urgences, tandis qu’en Colombie-Britannique, des centres de soins d’urgence ont été ouverts pour réduire la pression sur les hôpitaux. Lors d’une rencontre des premiers ministres en juillet 2026, ces derniers ont demandé un financement fédéral plus prévisible pour les soins de santé. L’Association médicale canadienne a également appelé les provinces à régler les problèmes internes, comme les fermetures de salles d’urgence.

