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Géopolitique

Face à l’insécurité dans les transports, le Bangladesh crée des “bus roses” réservés aux femmes

Courrier International · mis à jour il y a 10 j

Mardi 18 août, les autorités du Bangladesh ont mis en service des bus réservés aux femmes pour lutter contre le fléau du harcèlement sexuel dans les transports en commun, notamment dans la capitale, Dacca. Mais peu d’arrêts sont desservis.

Contexte au Bangladesh

Le Bangladesh, pays d'Asie du Sud avec une population de plus de 170 millions d'habitants, fait face à un problème majeur de harcèlement sexuel dans les transports en commun, notamment à Dacca, sa capitale surpeuplée. Les bus sont le mode de transport le plus utilisé dans la capitale, avec 1,9 million de passagers quotidiens. Une enquête de 2022 révélait que 87 % des femmes interrogées avaient déjà été victimes de harcèlement au moins une fois, et 36 % subissaient régulièrement des agressions dans les transports. Ces chiffres illustrent une insécurité généralisée qui pousse les autorités à réagir.

Naissance des bus roses

Pour répondre à cette crise, le gouvernement bangladais a lancé le 18 août 2026 un service de bus réservés aux femmes, surnommés bus roses en raison de leur couleur distinctive. Quatorze véhicules ont été mis en circulation : dix à Dacca, deux à Chittagong et deux à Bogra. Ces bus, conduits uniquement par des femmes, visent à offrir un environnement plus sûr et confortable aux passagères. Cette initiative s'inscrit comme une promesse électorale du gouvernement actuel, mais elle s'appuie aussi sur des précédents : des services similaires avaient déjà été testés et abandonnés à plusieurs reprises depuis les années 1980.

Limites du dispositif

Malgré cette initiative, le service reste très limité. Seuls 134 arrêts sont desservis au total, dont 106 à Dacca, sur un réseau bien plus vaste. Le gouvernement prévoit d'augmenter progressivement le nombre de bus roses jusqu'à 100, mais cette mesure est déjà critiquée. Certains experts et universitaires, cités par le Daily Star, estiment que cette solution pourrait aggraver les inégalités entre hommes et femmes dans l'accès aux transports. Les bus classiques, où le harcèlement persiste, pourraient devenir moins accessibles pour les femmes, sans que les bus roses ne constituent une alternative viable à grande échelle.

Débat sur l'efficacité

La création des bus roses divise. Ses défenseurs, comme la Société nationale des transports routiers du Bangladesh (BRTC), soulignent qu'elle répond à une urgence sociale et offre un espace temporaire de sécurité. Cependant, des voix critiques, dont celles de deux universitaires publiant dans le Daily Star, y voient un simple gadget politique sans impact durable. Ils rappellent que sans une réforme globale des transports, incluant la lutte contre les inégalités de genre dans leur planification, cette mesure restera insuffisante. Le précédent de 2017, où le viol collectif et le meurtre d'une étudiante dans un bus avaient choqué le pays, rappelle l'ampleur du problème.

Ce que ça pourrait changer

Cette initiative s'inscrit dans un contexte politique bangladais marqué par des promesses électorales et une volonté affichée de répondre aux revendications des femmes. Pourtant, les critiques soulignent que la solution proposée, bien que symbolique, ne s'attaque pas aux causes profondes du harcèlement, comme la surpopulation des bus ou l'impunité des agresseurs. Les *bus roses* pourraient ainsi devenir un outil de communication politique plutôt qu'une avancée concrète pour l'égalité et la sécurité des femmes dans les transports publics.

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