L’Arabie saoudite parie sur l’agriculture hors-sol pour obtenir son indépendance alimentaire
Afin de ne plus être tributaire des importations et des aléas géopolitiques, le royaume désertique, dont la guerre entre les États-Unis et l’Iran a montré la vulnérabilité, développe une culture locale en serres économe en eau pour assurer sa sécurité alimentaire, raconte “The Christian Science Monitor”..
L’Arabie saoudite importe actuellement une grande partie de ses denrées alimentaires en raison de son climat désertique extrême. Avec des températures pouvant atteindre 52°C en journée et 33°C la nuit, les cultures traditionnelles en plein champ sont très difficiles, voire impossibles, pendant les mois d’été. Les agriculteurs locaux doivent utiliser des quantités massives d’eau pour tenter de sauver leurs récoltes, ce qui est coûteux et peu efficace. Par exemple, les concombres deviennent amers, les tomates voient leurs fleurs se dessécher, et les parasites comme les mouches blanches ou les araignées rouges se multiplient. Résultat : la plupart des agriculteurs renoncent à cultiver entre juin et septembre. Cette dépendance aux importations expose le pays à des risques géopolitiques, comme l’a montré la guerre entre les États-Unis et l’Iran, qui a perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Pour pallier ces difficultés, l’Arabie saoudite mise sur l’agriculture hors-sol, une technique qui permet de cultiver des plantes sans terre, en utilisant des solutions nutritives liquides ou des substrats inertes comme la laine de roche ou la fibre de coco. Cette méthode, appelée aussi hydroponie, est pratiquée dans des serres climatisées pour contrôler la température, l’humidité et l’éclairage. Par exemple, l’entreprise Dava, située à une heure au sud de Riyad, cultive des tomates cerises, des poivrons et des choux frisés dans de telles structures. Les légumes y poussent plus rapidement et avec une qualité supérieure, comme en témoignent les tomates en grappe récoltées et présentées comme « mûres et de grande taille ». Cette approche réduit considérablement la consommation d’eau, un enjeu majeur dans un pays où les ressources hydriques sont limitées.
L’indépendance alimentaire est devenue une priorité stratégique pour l’Arabie saoudite, notamment depuis les tensions récurrentes avec l’Iran, qui menacent la stabilité des approvisionnements. Le pays cherche à réduire sa vulnérabilité face aux crises internationales et aux fluctuations des prix des denrées sur les marchés mondiaux. En développant des fermes locales, même en petite quantité, le royaume espère sécuriser une partie de sa production alimentaire. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte plus large de diversification économique, au-delà du pétrole, pour préparer l’après-hydrocarbures. Cependant, l’agriculture hors-sol reste énergivore, car elle dépend de systèmes de climatisation et d’éclairage artificiel, ce qui soulève des questions sur sa durabilité à long terme.
L’agriculture hors-sol, ou hydroponie, présente plusieurs avantages par rapport aux cultures traditionnelles. D’abord, elle consomme jusqu’à 90 % d’eau en moins, car l’eau est recyclée en circuit fermé dans les serres. Ensuite, elle permet de cultiver toute l’année, sans dépendre des saisons, ce qui est crucial dans un pays où les étés sont trop chauds pour l’agriculture classique. De plus, cette méthode limite l’exposition aux parasites et aux maladies, réduisant ainsi le besoin en pesticides. Enfin, les rendements sont souvent plus élevés, avec des légumes qui poussent plus vite et de meilleure qualité. Par exemple, les tomates cerises cultivées par Dava sont décrites comme « mûres et de grande taille », ce qui les rend plus attractives pour le marché local.
Malgré ses atouts, l’agriculture hors-sol en Arabie saoudite fait face à plusieurs défis. Le principal est son coût énergétique élevé, car les serres climatisées et les systèmes d’éclairage artificiel consomment beaucoup d’électricité, souvent produite à partir d’énergies fossiles. Cela pose un paradoxe : réduire la dépendance alimentaire tout en augmentant la dépendance énergétique. De plus, cette technique nécessite des investissements importants en infrastructure et en technologie, ce qui peut limiter son adoption par les petits agriculteurs. Enfin, bien que l’hydroponie soit plus économe en eau que l’agriculture traditionnelle, elle reste dépendante des ressources hydriques locales, qui sont déjà très limitées dans le désert saoudien.
L’entreprise Dava illustre cette transition vers l’agriculture hors-sol en Arabie saoudite. Située à une heure au sud de Riyad, elle cultive des légumes comme les tomates cerises, les poivrons et les choux frisés dans des serres climatisées et sans terre. Selon Lehyani Ali, responsable des opérations de Dava, les cultures y sont « mûres et de grande taille », démontrant l’efficacité de cette méthode. Cette entreprise fait partie des pionnières dans ce domaine, montrant que des résultats concrets sont possibles. Cependant, son modèle reste difficile à généraliser à grande échelle en raison des coûts et des contraintes techniques. Dava représente ainsi un exemple local, mais pas encore une solution globale pour le pays.

