Le comédien Arnaud Denis s’est fait euthanasier en Belgique, à 43 ans
Le comédien français était en état d’invalidité sévère après la pose d’un implant pour le traitement d’une hernie. Il a créé un collectif, Victimes françaises des prothèses de hernies, qui rassemble sur les réseaux sociaux des centaines de témoignages..
Arnaud Denis était un comédien et metteur en scène français né en 1982. Formé au cours de Jean-Laurent Cochet, il a ensuite intégré le Conservatoire national d’art dramatique avant de fonder en 2003 la troupe théâtrale des Compagnons de la chimère, qu’il a dirigée pendant quinze ans. Sa carrière a été marquée par des mises en scène acclamées par la critique, comme Mademoiselle Molière, Marie des poules ou L’Importance d’être constant d’Oscar Wilde. En 2023, il a revisité Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos. En 2025, il a été nommé quatre fois aux Molières pour sa mise en scène des Liaisons dangereuses, jouée à la Comédie des Champs-Élysées, où Delphine Depardieu a remporté le prix de meilleure comédienne. Il devait initialement jouer le rôle de Valmont, mais a dû y renoncer en raison de son état de santé.
Le 17 juillet 2023, Arnaud Denis a subi une opération pour soigner une hernie de l’aine droite. Lors de cette intervention, une prothèse en polypropylène lui a été implantée. Ce matériau, couramment utilisé pour les implants de hernie, est connu pour ses propriétés résistantes et flexibles. Cependant, dans le cas de Denis, cette prothèse a provoqué des complications graves et persistantes. Il a décrit une descente aux enfers après l’opération, avec des douleurs intenses et une perte progressive de sa qualité de vie. Selon son avocat, il ne pouvait plus quitter son domicile, avait perdu toute vie sociale et ne trouvait plus de sens à son existence.
Face à l’aggravation de son état, Arnaud Denis a annoncé publiquement, le 6 janvier 2025, son intention de se faire euthanasier en Belgique pour mettre fin à ses souffrances. Il a expliqué à la presse qu’il n’avait « plus rien de ce qui constitue la dignité d’un homme » et que les médecins n’avaient plus de solutions à lui proposer. Son choix a été pris en concertation avec trois médecins belges à Namur. L’euthanasie en Belgique est encadrée par la loi depuis 2002 : elle est autorisée sous conditions strictes, notamment pour les patients majeurs souffrant d’une affection médicale grave et incurables, avec des douleurs réfractaires aux traitements. Denis est décédé le 22 septembre 2025, à l’âge de 43 ans.
Arnaud Denis a porté plainte contre X pour blessures involontaires le 5 janvier 2026, estimant que l’implant de polypropylène lui avait causé un préjudice grave. Cependant, sa plainte a été classée sans suite fin août 2026 par la justice française, au motif que l’infraction n’était « pas suffisamment caractérisée ». Denis s’est dit « révolté et désabusé » par cette décision, déclarant que « on piétine sur le peu qui reste de moi ». Son avocat, Me Philippe Courtois, a annoncé le 18 septembre 2026 avoir déposé une nouvelle plainte avec constitution de partie civile pour obtenir l’ouverture d’une instruction judiciaire. Il a également précisé que Denis l’avait chargé de poursuivre son action et de soutenir sa famille après son décès.
Arnaud Denis a créé un collectif nommé Victimes françaises des prothèses de hernies, qui rassemble sur les réseaux sociaux des centaines de témoignages de personnes ayant subi des complications similaires après la pose d’un implant pour hernie. Ce collectif dénonce les effets indésirables liés à ces prothèses, notamment celles en polypropylène, et milite pour une meilleure reconnaissance des victimes d’erreurs médicales. Denis a utilisé cette plateforme pour alerter sur son propre cas et sensibiliser le public à la difficulté de faire reconnaître juridiquement ces préjudices. Son combat visait à obtenir justice et à éviter que d’autres patients ne subissent le même calvaire.
En France, l’euthanasie active est illégale, contrairement à la Belgique où elle est autorisée sous conditions strictes depuis 2002. La plainte d’Arnaud Denis pour blessures involontaires illustre les limites du système judiciaire français dans la reconnaissance des préjudices médicaux. Le classement sans suite de sa plainte reflète la difficulté pour les victimes d’erreurs médicales d’obtenir gain de cause, notamment lorsque les preuves de faute médicale sont jugées insuffisantes. Ce cas met en lumière le parcours souvent qualifié de *kafkaïen* par les patients, où l’accès à la justice semble semé d’embûches administratives et juridiques.

