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Géopolitique

Pourquoi les jeunes singapouriens quittent-ils leur pays ?

Courrier International · mis à jour il y a 26 j

Le quotidien “The Straits Times” a rencontré de nombreux jeunes partis à l’aventure à l’étranger sans y avoir un travail afin de comprendre leurs motivations. “The Independent Singapore” offre un regard croisé en relatant les réflexions d’expats sur Singapour..

Jeunes Singapouriens en exil

Singapour, souvent citée comme un modèle de réussite économique, voit une partie de sa jeunesse partir vers l’étranger avant même d’avoir un emploi. Selon The Straits Times, des jeunes de la génération Y (nés entre 1981 et 1996) et de la génération Z (nés après 1997) quittent le pays en profitant de visas spécifiques comme le permis vacances-travail (PVT), le visa J-Find pour diplômés d’universités prestigieuses, ou encore le visa Destination Thaïlande pour nomades numériques. Parmi eux, Pek Yi Tsing, ancienne employée bien rémunérée dans une compagnie aérienne, a choisi l’Australie avec un PVT, tandis que Jordan Ong s’est installé en Nouvelle-Zélande. Stanley Foong a opté pour Tokyo grâce au visa J-Find, et Dionne Wong a rejoint Londres via un visa pour personnes à haut potentiel (HPI). Ces départs s’expliquent par un désir de rupture avec le modèle singapourien traditionnel, marqué par une course effrénée à l’emploi, à l’achat immobilier et au mariage.

Motivations des départs

Les raisons de ces expatriations sont multiples et varient selon les profils. Pour certains, comme Chen Shao Chun, la décision est motivée par l’épuisement face à un marché du travail perçu comme catastrophique. Il explique vouloir échapper à la « course effrénée du monde de l’entreprise » pour adopter un mode de vie différent. Tan, une Singapourienne installée en Nouvelle-Zélande, critique le « parcours classique » imposé par la société singapourienne, qu’elle juge trop rigide et stressant. D’autres, comme An Lyn Chee, suivent un rêve personnel, comme travailler dans la mode. Grâce à son réseau établi en expatriation, elle a réussi à obtenir un poste chez la marque Diane von Furstenberg. Ces témoignages illustrent un rejet des normes sociales locales au profit d’une quête de liberté et d’épanouissement.

Risques et défis de l'exil

Si l’aventure de l’expatriation séduit de nombreux jeunes Singapouriens, elle comporte des risques importants. Le premier est financier : il est fortement recommandé d’avoir des économies solides avant de partir, car trouver un emploi rapidement peut s’avérer difficile. Les délais serrés imposés par les visas (comme les deux ans du visa J-Find) ajoutent une pression supplémentaire. Pek Yi Tsing et son mari ont également été confrontés à des expériences négatives, comme des actes de racisme en Australie. D’autres expatriés rapportent des désillusions, notamment sur le plan professionnel ou social. Ces témoignages soulignent l’importance de bien préparer son départ et de disposer d’un filet de sécurité pour éviter les mauvaises surprises.

Singapour, terre d'accueil aussi

Alors que des Singapouriens quittent leur pays, Singapour attire dans le même temps des étrangers, notamment des Britanniques. Un débat a été lancé au Royaume-Uni après la publication d’un article dans The Telegraph sur une famille ayant choisi de s’installer à Singapour plutôt que dans le Kent. Les motivations des expatriés britanniques varient : certains apprécient le climat, d’autres le coût de la vie ou les opportunités professionnelles. Un internaute d’origine singapourienne a même déclaré : « Je donnerais n’importe quoi pour retourner vivre dans mon pays natal », critiquant les préjugés sur la chaleur et l’humidité de Singapour. Ces échanges montrent que l’attractivité de Singapour est un phénomène à double sens, avec des perceptions très contrastées selon les origines.

Ce que ça pourrait changer

Ces départs massifs de jeunes Singapouriens interrogent sur la durabilité du modèle économique et social du pays. Singapour est souvent présentée comme une success story, avec une croissance économique forte et un niveau de vie élevé. Pourtant, la pression sur les jeunes générations semble peser lourdement. Le modèle traditionnel, qui valorise l’emploi stable, l’accession à la propriété et le mariage précoce, est de plus en plus remis en cause. Les témoignages recueillis par *The Straits Times* révèlent une génération en quête de sens et de liberté, prête à sacrifier la sécurité pour une vie plus alignée avec ses aspirations. Ces dynamiques pourraient, à terme, influencer les politiques publiques ou les stratégies des entreprises locales.

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