Emploi et retraite : de cumuls en reculs
Clap de fin pour la formule actuelle du cumul emploi-retraite intégral. Ce dispositif très avantageux qui permettait aux retraités ayant atteint le taux plein (âge légal et tous les trimestres requis) d’additionner entièrement le montant de leur pension et celui de leurs revenus professionnels….
À partir du 1er janvier 2027, la formule actuelle du cumul emploi-retraite intégral sera supprimée. Ce dispositif permettait aux retraités ayant atteint l’âge légal (variable selon les réformes) et ayant cotisé suffisamment (taux plein) de cumuler intégralement leur pension de retraite et leurs revenus professionnels sans restriction. Désormais, il faudra attendre l’âge de 67 ans pour bénéficier à nouveau de ce système, sous conditions. Les personnes n’ayant pas demandé leur retraite avant le 1er décembre 2026, avec un effet au 1er décembre 2026, seront soumises aux nouvelles règles votées en décembre 2025 dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026.
Les retraités dont les revenus professionnels dépasseront 7 000 € par an verront leur pension réduite de moitié du montant excédentaire. Par exemple, une personne percevant 20 000 € de revenus professionnels annuels subira une réduction de 6 500 € sur sa pension. Ces mesures visent à limiter les effets d’aubaine où employeurs et salariés, souvent des hommes cadres ou indépendants, profitaient du système pour optimiser fiscalement leur situation. Ces derniers pouvaient créer une microentreprise tout en continuant à travailler pour leur ancien employeur, réduisant ainsi les cotisations sociales pour l’entreprise et augmentant leurs revenus sans perte de pension.
Le cumul emploi-retraite a été modifié à cinq reprises depuis les années 1980. En 2003, la réforme Fillon assouplit son usage, puis en 2009, la LFSS autorise le cumul intégral. En 2015, une tentative de limitation est mise en place : les retraités cotisent toujours pour la collectivité mais ne gagnent plus de droits supplémentaires. La réforme Borne de 2023 réintroduit l’acquisition d’une seconde pension, avant que la LFSS de 2026 ne durcisse à nouveau les règles. Ces changements successifs reflètent une politique fluctuante, oscillant entre incitation à l’emploi des seniors et maîtrise des dépenses publiques.
Les nouvelles règles pénalisent particulièrement les travailleurs précaires, majoritairement des femmes employées ou ouvrières, ayant des carrières incomplètes ou usantes. Ces dernières cumulaient emploi et retraite par nécessité, notamment grâce au dispositif de carrières longues pour celles ayant commencé à travailler tôt. Désormais, les revenus professionnels des personnes partant avant l’âge légal (fixé à 62 ans en 2026) seront intégralement déduits de leur pension, et non plus simplement écrêtés. Cette mesure transforme le plafonnement en une suspension pure et simple de la pension, plongeant ces travailleurs dans une grande incertitude financière.
Le gouvernement justifie ces restrictions par la volonté de maîtriser les dépenses publiques et de récupérer 2 milliards d’euros d’ici 2030. Cette approche s’oppose aux attentes du patronat et des DRH des grands groupes, qui défendent le cumul emploi-retraite comme une solution pour maintenir l’emploi des seniors. Le message politique apparaît brouillé : après des années d’assouplissements, les règles se durcissent sans cohérence apparente. Une fois les décrets publiés, le simulateur de calcul du *cumul emploi-retraite* de l’*Union retraite* sera réactivé, et ses projections pourraient décourager de nombreux futurs retraités.

