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Culture

Du "Dies Irae" au printemps arabe : genèse politique du "Jour de colère"

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 20 j

L'expression "jour de colère" est régulièrement convoquée lors des mouvements sociaux. Un mot d'ordre qui raconte en creux, la place de la "colère" dans notre conception de l'ordre politique..

Origine religieuse du terme

L’expression Jour de colère trouve ses racines dans le Dies Irae, un texte religieux chrétien médiéval qui décrit le Jour de la colère divine, lié à l’Apocalypse et au Jugement dernier. Ce concept, utilisé dès le Moyen Âge pour prêcher par la peur des châtiments éternels, illustre une vision eschatologique où la colère de Dieu punit les péchés de l’humanité. Le Dies Irae est devenu un symbole puissant de la peur et de la justice divine, souvent repris dans la littérature et la musique sacrée. Dans l’article, cette origine religieuse est présentée comme le point de départ d’une appropriation politique et sociale de l’idée de colère, transformant une notion théologique en un outil de mobilisation collective.

Évolution politique moderne

Au XXe siècle, l’expression Jour de colère quitte le domaine religieux pour décrire des mouvements de protestation. En 1969, aux États-Unis, The Days of Rage désigne trois journées d’affrontements violents entre des militants antiguerre et la police à Chicago. Cette utilisation marque un tournant : la colère, autrefois divine, devient une émotion terrestre, liée à des revendications politiques et sociales. L’article souligne que cette évolution reflète un changement dans la manière de concevoir les mobilisations, où la colère populaire remplace progressivement les structures traditionnelles comme les partis ou les syndicats. Cette colère est désormais un moteur de l’action collective, même si elle reste souvent spontanée et décentralisée.

Rôle dans le Printemps arabe

L’expression Al Yawm el Ghadab (Jour de colère en arabe) prend une dimension majeure lors du Printemps arabe en 2011. Ce slogan, déjà utilisé dans les luttes palestiniennes contre les Britanniques dès les années 1940, devient un mot-clé des mobilisations en Égypte, en Libye, à Bahreïn et en Syrie. Il permet de lier entre elles des révoltes dispersées et de créer un récit commun : celui d’une jeunesse arabe unie contre des régimes autoritaires. L’article explique que ce slogan a servi de catalyseur pour des mouvements qui, sans lui, auraient pu paraître isolés. En Europe, des mouvements comme les Indignados espagnols reprennent cette idée d’indignation, qui n’est qu’une autre forme de colère collective.

Adoption en France

En France, l’expression Jour de colère est réutilisée à plusieurs reprises. En 2014, elle est employée par des mouvements catholiques conservateurs pour protester contre la loi Taubira sur le mariage pour tous. Plus tard, les Gilets jaunes en font un slogan emblématique avec la phrase On en a gros, qui résume leur exaspération face à la hausse des prix et au mépris perçu des élites. L’article note que ces mobilisations, bien que très différentes dans leurs revendications, partagent un même outil rhétorique : la colère comme ciment d’une unité fragile. Aujourd’hui, en octobre 2026, des collectifs citoyens, des Gilets jaunes et des mouvements lycéens appellent à un nouveau Jour de colère, montrant la pérennité de ce mot d’ordre.

Ce que ça pourrait changer

L’article souligne que la colère est devenue un marqueur social et politique à part entière, notamment dans des mouvements comme *Black Lives Matter* aux États-Unis, le mouvement des *cafards* en Inde ou les mobilisations pour le logement en Espagne. Le politologue belge Anton Jäger qualifie cette période d’*hyperpolitique*, un terme qui désigne des mobilisations spontanées, décentralisées et d’une intensité extrême, mais souvent sans lendemain. Aristote est cité pour rappeler que la colère face à l’injustice est une caractéristique de la citoyenneté active. Cependant, l’article précise que cette colère, bien qu’elle permette d’énoncer clairement des revendications (reconnaissance, refus du mépris, demande d’écoute), n’est pas nécessairement un projet politique abouti. Elle reste avant tout un outil d’expression, parfois éphémère mais toujours puissant.

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