249 loups pourront être tués cette année : le gouvernement augmente, encore
Annie Genevard fragilise encore un peu plus la préservation des loups en France. Passée du statut d'espèce « strictement protégée » à « protégée », l'animal, qui peut être visé par des éleveurs équipés de lunettes thermiques depuis la loi d'urgence agricole, va aussi pouvoir être davantage abattu.
Le gouvernement français a fixé à 249 le nombre de loups qui pourront être abattus au cours de l’année 2024. Ce chiffre représente une augmentation par rapport aux années précédentes, où le seuil maximal autorisé était de 19% de la population estimée de loups en France. Le loup (Canis lupus) est une espèce protégée en Europe depuis 1992, mais la France a obtenu des dérogations pour organiser des abattages dans le but de protéger les troupeaux d’élevage. Le seuil de prélèvement est calculé chaque année par le ministère de la Transition écologique, en collaboration avec des experts scientifiques. Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions entre la protection des éleveurs et la préservation de la biodiversité.
Les abattages de loups en France sont autorisés dans le cadre de la déroge à la protection stricte de l’espèce, prévue par la directive européenne Habitats. Cette dérogation permet aux États membres de tuer des loups si leur population menace les activités humaines, notamment l’élevage. En 2023, 13% de la population de loups a été abattue, soit 174 individus. Les éleveurs, représentés par des organisations comme la Fédération nationale ovine, dénoncent régulièrement les attaques de loups sur leurs troupeaux, qui entraînent des pertes financières estimées à plusieurs millions d’euros par an. Le gouvernement justifie l’augmentation du seuil par la nécessité de trouver un équilibre entre ces préoccupations.
Selon les dernières estimations, la population de loups en France s’élève à environ 1 300 individus, répartis principalement dans les Alpes, les Pyrénées et le Massif central. Cette population est en croissance depuis les années 1990, date à laquelle le loup a commencé à recoloniser naturellement le territoire français après avoir disparu au début du XXe siècle. Cependant, sa présence reste concentrée dans certaines régions, ce qui explique les conflits avec les éleveurs locaux. Les associations de protection de la nature, comme Ferus ou LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux), critiquent régulièrement les décisions d’abattage, estimant qu’elles menacent la viabilité de l’espèce à long terme.
Plusieurs associations de protection de la nature ont réagi vivement à l’annonce de l’augmentation du seuil d’abattage. Ferus, une association spécialisée dans la protection du loup, a qualifié cette décision de régressive et a rappelé que le loup joue un rôle écologique important en régulant les populations d’ongulés sauvages, comme les cerfs ou les sangliers. De son côté, la LPO a souligné que la France était déjà le pays européen où le plus grand nombre de loups étaient abattus chaque année. Ces associations appellent à des solutions alternatives, comme le renforcement des moyens de protection des troupeaux (chiens de protection, clôtures électrifiées) ou la mise en place de plans d’indemnisation plus efficaces pour les éleveurs.
La décision d’augmenter le seuil d’abattage a été prise par le gouvernement français, dirigé par le Premier ministre Gabriel Attal, dans un contexte de pression politique et sociale. Les éleveurs, qui représentent une part importante de l’électorat rural, ont une influence significative sur les décisions gouvernementales. Le ministère de la Transition écologique, dirigé par Christophe Béchu, a justifié cette mesure par la nécessité de répondre aux attentes des éleveurs tout en respectant les obligations européennes. Cependant, cette décision pourrait entraîner des tensions avec les institutions européennes, qui surveillent de près le respect des directives sur la protection de la biodiversité.

