Vos souvenirs des premiers jours du métro de Montréal
Des lecteurs du «Devoir» racontent y être montés à bord au début de son existence..
Le 14 octobre 1966, le métro de Montréal ouvre ses portes au public avec une particularité : son premier jour d’exploitation est gratuit. Cette mesure exceptionnelle permet aux Montréalais de découvrir gratuitement le nouveau réseau, composé initialement d’une seule ligne reliant les stations Atwater à Papineau. Le trajet complet, long de 10,6 kilomètres, peut être effectué sans sortir des tunnels. Cette initiative vise à familiariser la population avec ce moyen de transport moderne. Certains parents, comme celui de Luc Falardeau, expliquent à leurs enfants comment profiter de cette gratuité pour explorer le métro. Cependant, cette liberté peut aussi entraîner des situations cocasses, comme un enfant de 12 ans qui s’aventure seul dans le métro sans prévenir ses parents, croyant avoir reçu leur accord.
Le métro de Montréal marque les esprits dès son ouverture, notamment pour les familles qui en font l’expérience ensemble. Colette Desjardins raconte une sortie mémorable avec son père et sa sœur, alors âgés de 6 et 10 ans, vêtus de leurs pyjamas sous leurs manteaux pour visiter le réseau. La sensation de vitesse, la foule et l’incompréhension de ce nouveau mode de transport créent une impression onirique. Pour d’autres, comme Marc Nolin, le métro devient rapidement un élément central de la vie urbaine. À 10 ans, il découvre avec sa famille les escaliers mécaniques, les fresques colorées et l’odeur des pneus, décrivant une expérience presque futuriste. Ces premiers trajets, souvent vécus en groupe, restent gravés dans les mémoires comme des moments marquants de l’enfance.
Pour les plus jeunes, le métro de Montréal est une source d’émerveillement et parfois d’appréhension. Serge Gadoury, alors âgé de 5 ans, se souvient de la peur de se perdre dans la foule ou de voir les portes se refermer trop vite. Cependant, une fois à bord, l’émerveillement prend le dessus. Il décrit des détails fascinants, comme des images animées le long des tunnels, visibles depuis les wagons en mouvement. Ces illustrations, semblables à des folioscopes, donnent l’impression de scènes en mouvement, comme un petit bonhomme qui court. Philippe Spencer, plus âgé, évoque également ces panneaux animés, qu’il observait depuis la fenêtre du wagon lors de ses trajets vers le parc Jarry pour voir les Expos. Ces souvenirs illustrent comment le métro a marqué l’imaginaire des enfants de l’époque.
Le métro de Montréal influence rapidement le quotidien de ses usagers. Liette Morin raconte comment son père, habituellement ponctuel, arrive en retard à son travail après avoir pris le métro pour la première fois. Malgré ce contretemps, il apprécie l’expérience. Pour Monique Langlois, le métro devient une partie intégrante de sa vie dès 1966. Elle décrit son émerveillement lors de son premier trajet à la station Papineau, où elle pleure de joie en voyant le premier wagon arriver à pleine vitesse. Soixante ans plus tard, elle continue de l’utiliser quotidiennement, soulignant sa beauté, son efficacité et la sécurité qu’il inspire. Ces témoignages montrent comment le métro, dès ses débuts, s’intègre dans le rythme de vie des Montréalais.
Le métro de Montréal incarne, dès son ouverture, la modernité et le progrès. Marc Nolin décrit avec enthousiasme les éléments innovants de l’époque : les escaliers mécaniques, les fresques colorées comme celle des *Patriotes* à la station *Papineau*, les sièges en cuir, les portes automatiques et le système d’orientation basé sur des logos faciles à comprendre. Ces caractéristiques, combinées à la vitesse et au bruit des rames, créent une expérience immersive. Le métro prépare également les Montréalais à l’Exposition universelle de 1967, prévue un an plus tard. Pour beaucoup, comme Nolin, il devient un élément indissociable de leur identité urbaine, même après avoir quitté la ville. La station *Champ-de-Mars*, avec ses verrières de Marcelle Ferron, est souvent citée comme un symbole de cette modernité.

