Funérailles de Ratko Mladić : le jeu politique du président serbe Aleksandar Vučić
À Belgrade, les funérailles de Ratko Mladić, condamné pour génocide et crimes de guerre, ont rassemblé des milliers de personnes. Au-delà de la mémoire des guerres des Balkans, cet hommage révèle l’instrumentalisation du nationalisme serbe à des fins électorales et les ambiguïtés de l’UE..
Le 7 septembre 2026, des milliers de personnes se sont rassemblées à Belgrade pour les funérailles de Ratko Mladić, ancien général de l’armée de la république serbe de Bosnie pendant la guerre de Bosnie (1992-1995). Condamné pour génocide et crimes de guerre par la justice internationale, il est mort en prison en 2026. Ces hommages, organisés dans l’église Saint-Luc de Belgrade, ont rassemblé environ 16 000 personnes, dont une partie importante de Serbes de Bosnie, certains disposant de la double nationalité serbe et bosniaque. Ces funérailles, bien que non officielles, ont été marquées par la présence symbolique de l’État serbe, avec des honneurs militaires rendus à Mladić. Cet événement a soulevé des questions sur la mémoire des guerres des Balkans et leur instrumentalisation politique.
Aleksandar Vučić, président serbe issu de la droite nationaliste radicale, a profité de ces funérailles pour renforcer son image politique. Issu d’un parti nationaliste, il dirige aujourd’hui un système qualifié d’illibéral et autoritaire, souvent critiqué pour son manque de démocratie. Vučić, qui ne peut plus se représenter à la présidence, cherche à conserver le pouvoir en se tournant vers le poste de Premier ministre. Ces funérailles lui offrent une opportunité de mobiliser sa base électorale, notamment parmi les Serbes de Bosnie, tout en affichant une posture de défi envers l’Union européenne. Cette stratégie vise à renforcer son influence interne tout en maintenant un équilibre fragile avec Bruxelles.
Les funérailles de Ratko Mladić s’inscrivent dans une campagne électorale serrée pour les législatives du 25 octobre 2026. Vučić utilise cet événement pour séduire une partie de l’électorat nationaliste, tout en évitant d’assumer officiellement des funérailles d’État. La présence de 16 000 personnes, dont des Serbes de Bosnie, montre l’impact de cette stratégie sur une base électorale fidèle mais aussi divisée. En Serbie, la double nationalité permet à ces électeurs de voter, ce qui renforce l’enjeu politique pour Vučić. Cette approche lui permet de concilier des objectifs contradictoires : plaire à son électorat traditionnel tout en tentant de se présenter comme un partenaire acceptable pour l’Union européenne.
La réaction de l’Union européenne (UE) face à ces funérailles a été limitée à quelques protestations formelles, sans mesures concrètes. Le Centre mémorial de Srebrenica a critiqué cette passivité, soulignant que l’UE n’a pas sanctionné la Serbie de manière significative. Pour Vučić, ce manque de fermeté de Bruxelles est perçu comme une victoire symbolique, lui permettant de renforcer son discours de résistance face aux pressions extérieures. Cette situation illustre les tensions entre les attentes européennes en matière de droits humains et la réalité politique serbe, où le nationalisme reste un levier électoral puissant.
La Serbie traverse une période de fortes tensions politiques, marquée par des crises internes comme la tragédie de la gare de Novi Sad en 2024. Vučić, dont le pouvoir est contesté, utilise les funérailles de Mladić pour consolider sa position. En Serbie, le système politique est souvent décrit comme autoritaire, avec des restrictions des libertés et une mainmise sur les médias. Les élections législatives anticipées du 25 octobre 2026 constituent un test pour Vučić, qui cherche à maintenir son influence malgré un contexte national et international complexe. Les funérailles de Mladić deviennent ainsi un outil de légitimation interne, malgré les condamnations internationales.

