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La course des archéologues contre la montée des eaux à T.-N.-L.

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 25 j

Le travail des chercheurs est minutieux, mais le dérèglement climatique les pousse à augmenter la cadence..

Un site historique menacé

Le site archéologique de Ferryland, situé dans le sud-est de Terre-Neuve-et-Labrador au Canada, est l’un des plus importants pour comprendre l’histoire de la région. Occupé d’abord par les Béothuks, un peuple autochtone aujourd’hui disparu, puis par les premiers colons européens il y a environ 500 ans, ce lieu abrite les vestiges de commerces, entrepôts et habitations datant du 17e siècle. Ces ruines, autrefois protégées par leur éloignement des côtes, sont aujourd’hui directement menacées par la montée des eaux et l’érosion côtière. Selon le professeur Barry Gaulton, archéologue à l’Université Memorial de Terre-Neuve, les tempêtes deviennent plus fréquentes et intenses, inondant régulièrement le nord du site. Les fouilles, commencées dans les années 1990, se déroulent uniquement l’été en raison des conditions climatiques difficiles. Cependant, la dégradation accélérée du site pousse les chercheurs à accélérer leur travail pour sauver un maximum d’informations avant qu’elles ne disparaissent.

L'érosion côtière s'aggrave

L’érosion côtière désigne l’usure progressive des côtes par l’action des vagues, des marées et des tempêtes. À Ferryland, ce phénomène s’aggrave chaque année, comme l’explique Duncan Williams, membre de l’équipe de fouilles. Les artéfacts, une fois déplacés ou perdus à cause de l’érosion, emportent avec eux des données historiques précieuses. Par exemple, des morceaux de porcelaine ou des perles de coquillages autochtones, découverts en 2025, risquent de disparaître si les fouilles ne sont pas terminées à temps. Les chercheurs estiment que, dans les 25 à 50 prochaines années, une grande partie du site sera submergée. Cette situation n’est pas isolée : d’autres sites comme l’île Turpin ou la côte nord du Labrador sont également touchés. Les peuples autochtones et les colons européens s’étant souvent installés près de la mer pour accéder à la pêche, ces lieux sont particulièrement vulnérables.

Des pertes irréversibles

Les chercheurs soulignent que chaque centimètre de côte érodé représente une perte d’informations historiques inestimables. Par exemple, sur l’île Bois, un site fortifié par les Britanniques au début du 18e siècle, des canons tombent déjà dans la mer. Barry Gaulton indique que certains endroits de l’île ont perdu jusqu’à 20 mètres de côte. Ces pertes sont d’autant plus critiques que les fouilles archéologiques sont longues et minutieuses. Les équipes, comme celle de l’Université Memorial, collaborent avec des chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski pour documenter l’impact des changements climatiques sur ces sites. Leur objectif est de préserver un maximum de données avant qu’elles ne soient irrémédiablement détruites par la montée des eaux ou les tempêtes.

Une course contre la montre

Face à l’urgence climatique, les archéologues accélèrent leurs fouilles, bien que celles-ci soient déjà très lentes en raison de leur complexité. Les travaux ne peuvent se faire que pendant les mois d’été, en raison des conditions météo difficiles et de l’accès limité aux sites. Calum Brydon, étudiant au doctorat, explique que l’équipe doit travailler rapidement pour documenter les vestiges avant qu’ils ne soient emportés par l’érosion. Les chercheurs utilisent des outils comme des tamis et des tuyaux d’arrosage pour nettoyer et préserver les artéfacts, mais le temps leur manque. Sans cette intervention, des siècles d’histoire pourraient disparaître à jamais, emportés par les vagues ou recouverts par la tourbe.

Ce que ça pourrait changer

Pour faire face à cette crise, les archéologues de Terre-Neuve-et-Labrador s’appuient sur des collaborations nationales et internationales. L’Université Memorial, où travaille Barry Gaulton, collabore notamment avec l’Université du Québec à Rimouski pour étudier les effets des changements climatiques sur les sites archéologiques de l’est du Canada. Ces partenariats permettent de mutualiser les ressources, les connaissances et les technologies pour documenter plus efficacement les sites menacés. Les chercheurs espèrent ainsi créer des bases de données et des méthodes de préservation qui pourront être utilisées ailleurs dans le monde, où des sites similaires sont également en danger. Leur travail illustre l’importance de la science dans la préservation du patrimoine face aux défis environnementaux.

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