Pourquoi El Niño devient-il plus intense ? Les coraux révèlent un phénomène inédit depuis 1 000 ans
Au cours des dernières décennies, les épisodes El Niño ont été plus intenses et les épisodes forts plus fréquents qu’au cours du millénaire préindustriel, selon une étude basée sur les coraux. Ces résultats apportent de nouveaux éléments en faveur de l’hypothèse selon laquelle le réchauffement climatique d’origine anthropique contribue à l’intensification récente de la variabilité […] Cet article Pourquoi El Niño devient-il plus intense ? Les coraux révèlent un phénomène inédit depuis 1 000 ans est apparu en premier sur Trust My Science..
El Niño est un phénomène océanographique naturel qui se produit environ tous les deux à sept ans dans le Pacifique tropical. Il correspond à une phase chaude de l’El Niño-Oscillation australe (ENSO), une oscillation naturelle des températures de surface de l’océan Pacifique. Lors d’un épisode El Niño, les températures océaniques dans la partie orientale du Pacifique sud augmentent significativement au-dessus de la moyenne. Ce réchauffement modifie les courants atmosphériques mondiaux en redistribuant la chaleur vers l’est, ce qui influence les régimes de précipitations et de tempêtes à l’échelle planétaire. Par exemple, certaines régions peuvent subir des sécheresses tandis que d’autres connaissent des pluies intenses. El Niño est considéré comme la principale source d’événements climatiques extrêmes sur Terre, avec des conséquences économiques majeures pour les secteurs agricoles et énergétiques. En juin 2026, un nouvel épisode El Niño a commencé, suscitant des craintes quant à son intensité potentielle.
Les coraux sont des organismes marins qui enregistrent, au fil de leur croissance, des variations environnementales comme les changements de température ou de salinité de l’eau. Leur structure calcaire agit comme une archive naturelle, permettant aux scientifiques de reconstituer les conditions climatiques passées avec une précision mensuelle. Cette particularité en fait des outils précieux pour étudier des phénomènes ponctuels comme El Niño, surtout dans des régions reculées où les données instrumentales sont rares. Cependant, les coraux se développent difficilement dans certaines zones du Pacifique, comme les îles Galápagos, en raison des conditions océaniques extrêmes. Récemment, des chercheurs ont découvert un récif corallien dans une zone isolée de cet archipel, offrant ainsi un accès à des données climatiques couvrant environ 1 000 ans. Ces échantillons ont permis d’analyser l’évolution de l’ENSO sur le long terme.
L’analyse des coraux des îles Galápagos révèle que la variabilité de l’ENSO, et donc l’intensité des épisodes El Niño, a augmenté de manière significative au cours des derniers siècles. Par rapport au millénaire préindustriel (avant 1850), la variabilité mesurée dans les coraux est supérieure de 36,5 % pour la période récente. Elle est également supérieure de 16 % à celle observée entre 1851 et 1982. Cette hausse suggère une intensification et une fréquence accrue des épisodes El Niño, confirmant des observations antérieures. Les chercheurs ont comparé ces résultats à des simulations climatiques préindustrielles pour évaluer l’impact des facteurs naturels. Selon eux, l’influence humaine (réchauffement climatique d’origine anthropique) serait l’explication la plus probable, car les changements observés dépassent largement la variabilité naturelle simulée.
Bien que l’étude ne prouve pas directement que le réchauffement climatique d’origine humaine soit la cause de l’intensification d’El Niño, elle apporte des éléments solides en faveur de cette hypothèse. Les chercheurs soulignent que les variations observées dans les coraux ne peuvent être expliquées par des facteurs naturels seuls, comme les simulations préindustrielles le montrent. Julia Cole, auteure principale de l’étude et paléoclimatologue à l’Université du Michigan, affirme que le réchauffement climatique est le changement majeur survenu durant cette période. Kim Cobb, climatologue à l’Université Brown, non impliquée dans l’étude, rappelle que l’intensification d’El Niño a des conséquences graves pour la société, renforçant l’urgence d’agir face au changement climatique.
Les résultats de cette étude, publiés dans la revue *Science*, soulignent l’importance de comprendre l’évolution d’El Niño pour anticiper ses impacts futurs. Les modèles climatiques actuels peinent à saisir pleinement les interactions complexes entre les vents et les courants océaniques à l’origine du phénomène, ce qui limite leur capacité à prédire avec précision son intensité. Cependant, les données issues des coraux offrent une perspective unique sur les variations naturelles et anthropiques de l’ENSO. Les chercheurs espèrent que ces travaux contribueront à améliorer les modèles climatiques et à renforcer les stratégies d’adaptation face aux événements climatiques extrêmes. Julien Emile-Geay, paléoclimatologue à l’Université de Californie du Sud, qualifie cette découverte de « absolument extraordinaire », soulignant l’importance des données obtenues dans une région aussi difficile d’accès.

