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Crimes sous l’eau : les robots, une nouvelle compétence pour les enquêteurs subaquatiques

The Conversation France · mis à jour il y a 8 j

Le ROV Victor 300 utilisé lors de l’expérimentation de Saint-Cassien. Gendarmerie nationale , Fourni par l'auteur L’ESSENTIEL Les techniciens en investigations subaquatiques interviennent sur des scènes de crime sous-marines.

Enquêteurs sous-marins

En France, les techniciens en investigations subaquatiques sont des enquêteurs spécialisés formés depuis 1962 par la Gendarmerie nationale. Leur mission consiste à rechercher, préserver et documenter des indices dans des milieux immergés, comme des lacs, des rivières ou la mer. Ces professionnels apprennent à localiser des objets, à constater des éléments de preuve et à prélever des indices tout en garantissant leur intégrité pour les procédures judiciaires. Leur formation est dispensée notamment au Centre national d’instruction nautique de la Gendarmerie nationale (CNING) à Antibes, en collaboration avec l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN). Ces enquêteurs interviennent dans des contextes variés, allant des accidents aériens ou maritimes aux scènes de crime sous-marines.

Robots sous-marins téléopérés

Les engins téléopérés sous-marins, appelés ROV (Remotely Operated Vehicles), sont des drones pilotés à distance depuis la surface via un câble ombilical. Contrairement aux véhicules autonomes (AUV), ils reçoivent des commandes en temps réel et transmettent des données immédiates. Le ROV Victor 300, utilisé lors de l’expérimentation, pèse 15 kilogrammes et peut descendre jusqu’à 300 mètres de profondeur. Équipé d’une caméra haute définition, d’un sonar multifaisceaux, d’un système de vision stéréoscopique et d’éclairages adaptés, il permet d’explorer des scènes immergées sans exposer de plongeurs humains. Son autonomie sous l’eau est cinq à dix fois supérieure à celle d’un plongeur, selon la profondeur.

Expérience à Saint-Cassien

En septembre 2022, un ancien avion Cessna 152 a été immergé volontairement dans le lac de Saint-Cassien (Var) par la Gendarmerie nationale pour servir de support à une formation et à une expérimentation. En juillet 2026, des enquêteurs ont testé les capacités du ROV Victor 300 sur cette épave, afin d’évaluer son apport à l’investigation judiciaire subaquatique. L’objectif était de simuler une scène de crime sous-marine pour analyser comment le robot pouvait aider à localiser, observer et documenter des indices sans altérer la scène. Cette expérience a permis de tester la précision des prises de vue, la gestion de la turbidité de l’eau et la préservation des preuves.

Défis de l'exploration sous-marine

Explorer une scène immergée présente des défis majeurs, notamment la turbidité de l’eau qui limite la visibilité, les sédiments en suspension qui peuvent être remis en mouvement par les propulseurs, et les risques de détérioration des indices lors des manipulations. Le ROV doit progresser lentement, maintenir une distance adaptée et éviter de saturer l’image avec ses éclairages. Son câble ombilical peut également s’accrocher au relief ou à l’épave, perturbant ainsi l’exploration. Ces contraintes imposent une méthode rigoureuse : chaque objet doit être localisé, décrit et documenté avant tout prélèvement, en précisant sa profondeur, son orientation et sa position relative aux autres éléments.

Photogrammétrie et sonar

La photogrammétrie sous-marine est une technique qui permet de reconstituer en trois dimensions une scène ou un objet à partir de plusieurs prises de vue sous différents angles. Elle est utilisée pour restituer la position relative des éléments autour d’une épave ou d’un véhicule immergé. Le sonar multifaisceaux, quant à lui, utilise des ondes acoustiques pour cartographier le relief du fond et repérer des formes ou des anomalies invisibles à la caméra, notamment dans des eaux très turbides. Ces outils complètent l’imagerie vidéo en fournissant des données précises sur les distances et les structures, guidant ainsi l’enquêteur dans ses observations.

Rôle du ROV dans l'enquête

Le ROV ne remplace pas l’expertise humaine des plongeurs-enquêteurs, mais il la complète en offrant un regard supplémentaire et une capacité de documentation renforcée. Il permet d’observer durablement une scène, de multiplier les prises de vue et de préparer l’intervention des plongeurs en identifiant les points d’intérêt. Son utilisation prolonge l’autonomie sous-marine, évitant d’exposer inutilement les plongeurs à des conditions dangereuses ou à des temps d’immersion limités. Cependant, dans des conditions de visibilité optimale, le plongeur reste plus performant grâce à sa mobilité et sa capacité à ajuster immédiatement son cadrage et son éclairage.

Projet de recherche DIVER

Le projet DIVER, soutenu par l’Agence de l’innovation de défense (AID), vise à concevoir et développer le ROV Victor 300 pour assister les enquêteurs judiciaires subaquatiques lors de plongées profondes. Ce projet s’inscrit dans une démarche d’innovation technologique au service de la Gendarmerie nationale, en collaboration avec le CNING et le Centre de recherche de la Gendarmerie nationale (CRGN). Les adaptations apportées au ROV, notamment la disposition de ses moteurs, ont été conçues pour répondre aux contraintes spécifiques des milieux turbides, comme les fonds de lacs ou de rivières.

Ce que ça pourrait changer

L’expérimentation de Saint-Cassien a été menée en collaboration entre la Gendarmerie nationale, le CNING et des chercheurs, notamment ceux de Mines Paris – PSL et de l’EDEIA. Le capitaine Julien Fabrini et l’adjudant Pierre Vadam du CNING ont contribué à la rédaction de l’article, aux côtés du lieutenant colonel Philippe Baron, du colonel Alexis Bourges et du colonel David Bièvre. Cette collaboration illustre l’importance de l’innovation technologique dans les enquêtes judiciaires, tout en rappelant que la technologie doit toujours servir la méthode d’enquête et la préservation des preuves.

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