La mémoire des vaincus : histoires intimes de la guerre d'Espagne 15/25 : Je suis la fille d'un agent de liaison et d'un guérillero
Longtemps occultée par le récit officiel de la transition démocratique et le silence des familles, l'histoire des guérilleros antifranquistes refait surface. En 2004, la fille de l'un d'eux, Odette Martinez, lève le voile sur cette mémoire ensevelie..
La Guerre d'Espagne (1936-1939) est un conflit civil opposant les républicains, soutenus par les forces de gauche et les communistes, aux nationalistes, menés par le général Franco. Ce dernier l'emporte en 1939, instaurant une dictature franquiste qui durera jusqu'à sa mort en 1975. Après la guerre, certains républicains, comme les parents d'Odette Martinez, continuent la lutte armée contre le régime franquiste. Ces combattants sont appelés guérilleros ou maquisards, des résistants qui mènent des actions de guérilla, c'est-à-dire des attaques surprises et des sabotages contre les forces franquistes. Leur slogan, _Nunca bandoleros, siempre guerrilleros_, signifie qu'ils rejettent l'image de simples bandits pour revendiquer celle de résistants politiques.
Odette Martinez est la fille d'un agent de liaison et d'un guérillero. Un agent de liaison est une personne chargée de transmettre des messages, des ordres ou du matériel entre les différents groupes de résistants, souvent en zone occupée ou contrôlée par l'ennemi. Son père, en tant que guérillero, participait à des actions armées contre le régime franquiste. Tous deux étaient des exilés espagnols installés en France après la guerre civile. Leur engagement s'est prolongé bien après 1939, jusqu'en 1948, date à laquelle le Parti communiste espagnol, sous l'influence de Staline, a ordonné l'arrêt des opérations de guérilla. Le père d'Odette avait été condamné à mort par le régime franquiste, mais a survécu.
Pendant des décennies, l'histoire de ces guérilleros a été occultée, voire méprisée. Le régime franquiste les présentait comme des terroristes, tandis que la transition démocratique espagnole (années 1970-1980) a privilégié un récit de réconciliation nationale, laissant de côté les résistants armés. Odette Martinez, née dans les années 1950 en France, n'a découvert que tardivement le passé de ses parents. Elle a ensuite œuvré pour faire reconnaître leur rôle dans la lutte contre la dictature franquiste. Leur histoire illustre comment les vaincus de la guerre civile espagnole ont été effacés de la mémoire collective, malgré leur combat pour la liberté.
En 1948, le Parti communiste espagnol, dirigé par des proches de Staline, a décidé de mettre fin aux actions de guérilla. Cette décision s'inscrit dans une stratégie plus large de la guerre froide, où l'URSS cherchait à éviter des conflits ouverts avec les puissances occidentales. Les guérilleros, souvent perçus comme des alliés de l'URSS, ont été abandonnés par le parti. Après la mort de Franco en 1975 et la transition démocratique, leur rôle n'a pas été pleinement reconnu. Ce n'est que dans les années 2000, avec des initiatives comme celle d'Odette Martinez, que leur mémoire a commencé à émerger. Leur combat reste un symbole de la résistance contre l'oppression, mais aussi de la complexité des luttes politiques de l'époque.
Odette Martinez, professeure de lettres et réalisatrice, a choisi de raconter l'histoire de ses parents et de leurs camarades à travers des témoignages et des archives. Son récit met en lumière le silence des familles et l'absence de reconnaissance officielle. Elle explique comment elle-même a dû reconstruire cette mémoire, souvent transmise oralement ou par des documents familiaux. Son travail s'inscrit dans un mouvement plus large de réhabilitation des *vaincus* de la guerre civile, dont les histoires intimes permettent de comprendre les enjeux politiques et humains de cette période. Son témoignage est diffusé dans l'émission *Les Nuits de France Culture* en 2004, marquant une étape dans la reconnaissance de ces résistants.

