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Environnement

«Les avancées ne sont pas à la hauteur» : à l’UTMB, les paradoxes de l’adaptation de la grand-messe de l’ultra-trail

Vert.eco · mis à jour il y a 8 j

En 2025, la mythique course de l’Ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB) annonçait vouloir réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Si l’édition 2026, qui débute ce lundi, marque d’importantes avancées, elle reste confrontée à sa propre démesure : un événement polluant adossé à un circuit mondial de courses controversé..

L'UTMB, un géant du trail

L’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) est considéré comme la course de trail running la plus prestigieuse au monde, attirant chaque année près de 10 000 participant·es pour ses différentes épreuves autour du massif du Mont-Blanc. En 2025, l’épreuve reine, longue de 170 kilomètres avec 10 000 mètres de dénivelé positif, a réuni plus de 2 500 coureur·euses. L’événement s’étend sur une semaine et inclut sept autres courses, faisant de l’UTMB une grand-messe sportive majeure. Pour les athlètes, y participer est un objectif professionnel, notamment pour obtenir des sponsors, même si certains critiquent le modèle économique et écologique de l’organisation. La compétition est devenue un symbole de la mondialisation du sport, avec des enjeux économiques et environnementaux qui suscitent des débats.

Un impact écologique majeur

En 2024, l’UTMB a généré 18 600 tonnes d’équivalent CO2 (CO2e), soit l’empreinte carbone annuelle moyenne de 2 000 Français·es. 89 % de ces émissions proviennent des déplacements des athlètes et des spectateur·ices, dont 84 % sont imputables aux 25 % de coureur·euses extra-continentaux qui voyagent avec leurs accompagnant·es. Ces chiffres illustrent l’ampleur de l’impact environnemental d’un événement qui attire jusqu’à 100 000 personnes sur une semaine à Chamonix. Face à ces critiques, l’UTMB a annoncé en 2025 un objectif de réduction de 20 % de ses émissions d’ici 2030 par rapport à 2024, tout en instaurant des mesures comme une contribution carbone obligatoire pour les participant·es ou des navettes pour limiter l’usage des voitures.

Le circuit UTMB World Series

L’UTMB World Series est un circuit mondial lancé en 2022, composé de courses labellisées permettant aux participant·es d’accumuler des running stones (points) pour se qualifier aux trois finales de l’UTMB à Chamonix. Par exemple, il fallait 11 running stones pour participer à l’UTMB 2026. Ce système pousse certains coureur·euses à voyager à l’étranger pour maximiser leurs chances, ce qui est critiqué pour son impact écologique. L’UTMB défend ce modèle en affirmant qu’il n’incite pas directement au voyage, mais des acteurs comme Protect Our Winters France dénoncent une démesure incompatible avec les objectifs climatiques, soulignant que le circuit encourage indirectement les déplacements internationaux.

Les mesures controversées

Pour réduire son empreinte, l’UTMB a mis en place des dispositifs comme un « boost mobilité durable » lors du tirage au sort des dossards en 2026 : les participant·es s’engageant à venir sans vol de moins de deux heures bénéficiaient de 30 % de chances supplémentaires d’obtenir un dossard. Une contribution carbone obligatoire a également été instaurée, permettant de financer des projets de réduction ou de séquestration du CO2. Cependant, ces mesures sont critiquées par une partie de la communauté scientifique, qui les qualifie de « permis de polluer ». L’UTMB a aussi réduit de 3 % ses émissions en 2025 par rapport à 2024, notamment en limitant le nombre de coureur·euses et d’accompagnant·es.

Les critiques des spécialistes

Des expert·es comme le sociologue Olivier Bessy, auteur du livre Courir sans limites, estiment que les avancées de l’UTMB « ne sont pas à la hauteur des enjeux » ni de sa puissance financière. Il souligne que le modèle actuel, notamment le circuit UTMB World Series, « pousse les gens à voyager » et perpétue une logique de surenchère incompatible avec les objectifs climatiques. Protect Our Winters France propose des solutions plus radicales, comme organiser l’UTMB tous les deux ans, réduire le nombre de participant·es ou limiter strictement les vols. L’UTMB, de son côté, affirme vouloir « montrer l’exemple » et réfléchit à des mesures pour les courses du World Series, comme une éventuelle limitation à une participation par coureur·euse dans sa vie.

Ce que ça pourrait changer

L’UTMB cristallise des tensions locales à Chamonix, où le nouveau maire, **François-Xavier Laffin**, a récemment dénoncé la *saturation* de la vallée et le rejet d’une partie de la population envers l’événement. Au-delà des enjeux environnementaux, l’organisation est critiquée pour son modèle économique, symbolisé par le partenariat controversé avec la marque automobile **Dacia** en 2023, qui avait suscité l’incompréhension de nombreux·ses traileur·euses. Depuis, l’UTMB a défini des critères stricts pour ses sponsors, excluant notamment les compagnies aériennes ou les fast-foods. Le débat porte ainsi sur la capacité de l’événement à concilier performance sportive, attractivité économique et responsabilité écologique.

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