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ENVIRONNEMENT

«Les avancées ne sont pas à la hauteur» : à l’UTMB, les paradoxes de l’adaptation de la grand-messe de l’ultra-trail

Source unique·il y a 8 j

L’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), événement sportif emblématique du trail mondial, incarne les contradictions d’une industrie en pleine croissance, tiraillée entre l’engouement populaire et les impératifs écologiques. Alors que l’organisation multiplie les annonces de réduction de son empreinte carbone, son modèle économique — fondé sur un circuit mondial de courses et une logique de performance — semble incompatible avec les objectifs climatiques qu’elle affiche. Entre greenwashing et avancées réelles, l’UTMB cristallise les débats sur la responsabilité des grands événements sportifs face à l’urgence environnementale.

Quels sont les principaux leviers d’émissions de CO₂ identifiés par l’UTMB et ses partenaires ?

L’UTMB reconnaît que 89 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 2025 proviennent des déplacements des participant·es et des spectateur·ices, dont 84 % sont imputables aux 25 % de coureur·ses extra-continentaux·ales. Ces derniers arrivent souvent avec leurs accompagnants, portant le nombre total de personnes sur place à près de 100 000 pendant la semaine de l’événement. Les navettes et le boost mobilité durable mis en place pour favoriser les transports doux ne couvrent qu’une partie marginale de ces impacts.

Pourquoi le modèle de l’UTMB World Series est-il critiqué par les acteurs écologistes et certains traileur·euses ?

Le circuit UTMB World Series, lancé en 2022, récompense les participant·es par des running stones accumulés lors de courses labellisées à travers le monde, ce qui pousse à voyager pour se qualifier aux finales de Chamonix. Les critiques soulignent que ce système encourage une logique de surenchère sportive et écologique, où les coureur·euses n’hésitent pas à participer à des épreuves lointaines pour obtenir des points, malgré les émissions générées. Même si l’UTMB affirme que ce modèle n’incite pas directement à voyager, la rhétorique marketing du circuit — comme l’indication des continents d’intérêt lors de l’inscription — contredit cette position.

Quelles mesures concrètes l’UTMB a-t-il mises en place pour réduire son impact environnemental, et pourquoi sont-elles jugées insuffisantes ?

L’UTMB a annoncé un objectif de réduction de 20 % de ses émissions d’ici 2030 par rapport à 2024, et a réduit ses émissions de 3 % en 2025 en limitant le nombre de participant·es et d’accompagnants. Parmi les dispositifs, on trouve un boost mobilité durable offrant 30 % de chances supplémentaires aux coureur·euses s’engageant à venir sans vol de moins de deux heures, ainsi qu’une contribution carbone obligatoire pour financer des projets de transition climatique. Cependant, ces mesures sont critiquées comme une forme de permis de polluer, et leur portée reste limitée face à l’ampleur des enjeux, notamment en raison de l’absence de remise en cause du modèle économique global de l’événement.

Quelles propositions alternatives sont avancées pour rendre l’UTMB plus durable, et comment l’organisation y répond-elle ?

Plusieurs acteurs, dont le sociologue Olivier Bessy et l’association Protect our winters France, suggèrent des mesures radicales comme limiter la participation des coureur·euses ayant déjà participé à l’UTMB, organiser l’événement tous les deux ans, ou réduire drastiquement le nombre de participant·es et de spectateur·ices. L’UTMB, tout en reconnaissant une énorme marge de progression, évoque des pistes comme l’extension des mesures de mobilité durable aux autres courses du circuit ou l’étude de l’empreinte des sols. Cependant, ces propositions restent pour l’instant à l’état de réflexion, sans engagement ferme.

Ce que ça pourrait changer

L’UTMB pourrait devenir un laboratoire des tensions entre croissance sportive et transition écologique, où l’échec ou la réussite de ses mesures de durabilité serviraient de référence pour l’ensemble des grands événements sportifs. Si l’organisation ne parvient pas à concilier son modèle économique avec des réductions d’émissions significatives, elle risquerait de cristalliser les critiques et d’accélérer une remise en question plus large du sport de haut niveau comme le trail. À l’inverse, une inflexion crédible pourrait inspirer d’autres fédérations à repenser leur rapport à la performance et à l’environnement.

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