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Culture

Radiotočka, mémoire sonore de la Bulgarie communiste

France Culture - Savoirs · mis à jour 2 oct.

À partir des années cinquante, la Bulgarie s'équipe massivement en matériel de diffusion radiophonique, la radiotočka fait alors apparition dans les foyers et lieux publics. Que reste-t-il de cette radio, alors écoutée de tous et aujourd'hui disparue ?.

Qu'est-ce qu'une radiotočka ?

La radiotočka était un appareil de diffusion radiophonique omniprésent en Bulgarie entre les années 1950 et les années 1990, durant la période communiste. Contrairement à une radio classique, elle ne permettait pas de choisir une station ni de régler la fréquence : le seul réglage disponible était le volume. Elle fonctionnait comme un haut-parleur diffusant un unique programme, souvent contrôlé par l'État. Installée dans les foyers, les usines, les bureaux de poste et les lieux publics, la radiotočka servait à la fois de source d'informations locales et d'outil de propagande. Son nom, d'origine slave, signifie littéralement radio point ou radio pointue, en référence à sa forme et à son rôle central dans la diffusion sonore. Cet appareil illustre comment le régime communiste utilisait le son pour contrôler l'espace public et privé, en imposant un discours unique et omniprésent.

Contexte historique et politique

La Bulgarie a massivement équipé son territoire en radiotočki à partir des années 1950, sous le régime communiste dirigé par le Parti communiste bulgare. Ce système s'inscrivait dans une stratégie plus large de diffusion de la propagande d'État, où les médias jouaient un rôle clé pour façonner l'opinion publique. Contrairement aux radios occidentales, qui offraient une diversité de programmes, la radiotočka ne proposait qu'un seul canal, contrôlé par le pouvoir. Elle permettait ainsi de diffuser en continu des messages politiques, des informations officielles et des programmes culturels alignés sur l'idéologie communiste. Cette période s'étend jusqu'aux années 1990, lorsque la chute du bloc soviétique a entraîné la disparition progressive de ces appareils, remplacés par des médias plus diversifiés et indépendants.

L'enquête d'Olivier Givre

L'anthropologue Olivier Givre, maître de conférences à l'université Lyon 2, a mené une enquête en Bulgarie pour retracer l'histoire et l'impact des radiotočki. Son travail s'appuie sur des recherches de terrain et des archives rares, car peu de documents subsistent sur ces appareils aujourd'hui disparus. Givre explique que la radiotočka n'était pas seulement un objet technique, mais un symbole de l'emprise du régime sur la société bulgare. En enquêtant sur cet objet, il a pu reconstituer une partie de l'histoire sonore de la Bulgarie communiste, en recueillant des témoignages et en analysant les traces laissées par ces appareils dans la mémoire collective. Son enquête a donné lieu à une série de podcasts intitulée À la poursuite de radiotočka, co-réalisée avec Raphaël Codray.

Disparition et mémoire actuelle

Avec la fin du régime communiste en Bulgarie au début des années 1990, les radiotočki ont progressivement disparu des foyers et des lieux publics. Aujourd'hui, elles sont largement oubliées, notamment par les jeunes générations qui n'ont pas connu cette époque. Pourtant, elles restent un témoignage important de l'histoire sociale et politique du pays. Olivier Givre souligne que ces appareils incarnent une mémoire sonore unique, où le son était un outil de contrôle et de propagande. Leur disparition marque aussi la fin d'une ère où la radio, bien que contrôlée, jouait un rôle central dans la vie quotidienne des Bulgares. Leur redécouverte permet de mieux comprendre comment les régimes autoritaires utilisent les médias pour façonner la société.

Ce que ça pourrait changer

Pour rendre accessible cette histoire méconnue, Olivier Givre et Raphaël Codray ont produit une série de podcasts intitulée *À la poursuite de radiotočka*. Diffusée sur le site *Arte Radio*, cette série plonge l'auditeur dans l'univers des *radiotočki*, en mêlant récits, archives sonores et analyses anthropologiques. Le projet vise à recréer l'ambiance sonore de l'époque communiste et à montrer comment un simple appareil pouvait influencer la vie quotidienne de millions de personnes. Cette initiative illustre l'importance des podcasts comme outil de vulgarisation historique, permettant de toucher un public large et de préserver des mémoires parfois oubliées. La série a été présentée en direct lors du Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges en octobre 2026.

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