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Ce que les techniques de chasse des rapaces pourraient nous apprendre sur les dinosaures

The Conversation France · mis à jour 28 juil.

Cyrano, pygargue de Steller de la Forêt des Aigles (Espace Rambouillet). Audrey COSTES - tous droits réservés seules les republications intégrales de l'article sont autorisées.

Rapaces et dinosaures

Une étude récente montre que les techniques de chasse des rapaces actuels pourraient éclairer les comportements de certains dinosaures disparus, comme les droméosaures. Ces derniers, souvent appelés raptors, étaient équipés de griffes en forme de faux, similaires à celles des rapaces modernes. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle ils lacéraient leurs proies avec un coup de pied, des modèles récents suggèrent qu’ils utilisaient leur masse corporelle pour restreindre leur proie au sol avant de la déchirer avec leur mâchoire, une méthode comparable à celle de l’aigle royal chassant un chevreuil. Cette hypothèse s’appuie sur des observations directes et des modélisations biomécaniques, confirmant que les rapaces sont des modèles pertinents pour étudier les dinosaures.

Morphologie et chasse

La morphologie des membres inférieurs des rapaces révèle leurs stratégies de chasse. Une étude publiée dans The Zoological Journal of the Linnean Society a analysé 148 paramètres osseux, des fémurs aux griffes, chez 11 catégories d’interactions entre prédateurs et proies. Les résultats montrent que les phalanges, notamment celles du troisième et du quatrième doigt, jouent un rôle clé pour distinguer les rapaces qui attrapent leurs proies en vol, ceux qui les restreignent au sol ou les charognards. Par exemple, les aigles massifs comme la harpie féroce ou l’aigle couronné d’Afrique, capables de s’attaquer à des proies de 20 à 50 kg, possèdent des phalanges robustes et des doigts massifs, adaptés à une chasse au sol.

Phalanges : clés des stratégies

Les phalanges des rapaces, souvent sous-estimées, sont essentielles pour comprendre leurs techniques de chasse. Une analyse comparative a révélé que certaines espèces, comme les faucons ou les autours des palombes, possèdent des phalanges allongées pour capturer des proies en vol, tandis que d’autres, comme les vautours, ont des phalanges adaptées au charognage ou à la marche. Par exemple, le troisième doigt des vautours est souvent très allongé pour supporter leur poids lors de la marche. Cette variabilité morphologique permet de classer les rapaces selon 11 catégories d’interactions avec leurs proies, offrant un outil pour étudier des espèces disparues.

Rôle des os dans la chasse

L’étude a mesuré des paramètres comme la longueur, la largeur et la force exercée par les doigts et les griffes des rapaces. Elle a montré que la deuxième phalange du quatrième doigt varie peu en proportion, ce qui en fait une référence pour comparer les morphologies. Les rapaces nocturnes, comme les hiboux, utilisent des phalanges de longueur homogène pour suffoquer leurs proies, une adaptation liée à leur chasse dans l’obscurité. Le messager sagittaire, quant à lui, possède un fémur extrêmement court et des métatarses très allongés, lui permettant de développer une force de frappe de 195 newtons en 15 millisecondes, soit 5 à 6 fois son propre poids, pour tuer des serpents.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude ouvre une fenêtre sur le passé en permettant d’émettre des hypothèses sur les comportements de dinosaures non aviens ou d’oiseaux disparus. En analysant les phalanges fossilisées, les paléontologues pourraient comparer leur morphologie à celle des rapaces actuels pour déduire leurs techniques de chasse. Par exemple, un fossile avec quelques phalanges du pied pourrait être replacé dans l’espace morphologique défini par l’étude, offrant des indices sur son mode de vie. Cette approche pourrait être enrichie par l’inclusion d’autres espèces, comme le vautour palmiste ou le cariama huppé, dont les adaptations rappellent celles des droméosaures.

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