Saint-Pierre- et -Miquelon : naufrages en vue !
Entre hauts fonds, tempêtes et brumes, les eaux de Saint-Pierre-et-Miquelon ont englouti plus de 1600 navires depuis 1790. Que nous apprend l’archéologie sous-marine sur ces drames qui refont surface dans une exposition au Musée Les Pêcheries de Fécamp ?.
Saint-Pierre-et-Miquelon est un petit archipel français situé à environ 4 000 kilomètres de la métropole, au large de la côte canadienne. Pendant des siècles, il a joué un rôle central dans la pêche à la morue, attirant des navires du monde entier (Basques, Bretons, Normands, Portugais, Espagnols). Cette position géographique en a fait un carrefour économique et culturel, mais aussi un lieu de navigation périlleuse. L'archipel est le seul territoire français en Amérique du Nord, ce qui explique son importance historique et stratégique. Aujourd'hui, il reste marqué par cette histoire maritime intense, entre héritage culturel et défis environnementaux.
Les eaux entourant Saint-Pierre-et-Miquelon sont parmi les plus dangereuses au monde en raison de leur géographie complexe : brumes fréquentes, tempêtes violentes, hauts fonds et courants imprévisibles. Depuis 1790, plus de 1 600 navires y ont fait naufrage, faisant de cette zone l'un des cimetières de navires les plus denses au monde. Contrairement aux légendes locales évoquant des habitants naufrageurs (personnes profitant des naufrages), ces drames s'expliquent principalement par les conditions extrêmes du milieu. Chaque épave représente une histoire humaine, des communautés endeuillées et des familles en attente pendant des décennies. Ces naufrages ont marqué l'histoire locale et inspiré des récits populaires.
Entre 2017 et 2023, le DRASSM (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines), une institution française spécialisée dans l'archéologie sous-marine, a mené plusieurs campagnes de fouilles dans l'archipel. Les archéologues ont étudié les épaves, analysé les bois des navires, identifié les essences utilisées et croisé ces données avec des archives locales, notamment celles de la presse fécampoise. Cette enquête minutieuse a permis de reconstituer l'identité de navires disparus depuis plus d'un siècle. Les objets récupérés (comme des pipes ou des cornes de brume) offrent un éclairage unique sur la vie des marins et les techniques de construction navale de l'époque.
Jusqu'au 1er novembre 2026, le Musée Les Pêcheries de Fécamp accueille l'exposition « De brumes et de bris : Mémoires de naufrages dans l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon ». Labellisée « Exposition d'intérêt national » par le ministère de la Culture, elle retrace l'histoire maritime de l'archipel à travers cinq parties : la géographie des lieux, les conditions de navigation, les causes des naufrages, le travail des archéologues et la seconde vie des épaves. Le parcours est conçu pour être accessible au grand public, avec des maquettes, des photographies, des objets archéologiques et des dispositifs interactifs (xylologie, inventaire d'objets, exploration sonore). Après Fécamp, l'exposition sera présentée à Saint-Pierre-et-Miquelon, créant un dialogue entre les deux rives de l'Atlantique.
L'exposition est accompagnée d'une riche programmation culturelle tout au long de l'été et de l'automne 2026. Des conférences, des projections de documentaires et des spectacles musicaux sont organisés pour approfondir les thèmes abordés. Ces événements visent à sensibiliser le public à l'histoire maritime de l'archipel et à l'importance de la préservation du patrimoine sous-marin. Ils offrent également une occasion de découvrir les méthodes de l'archéologie sous-marine et les enjeux de conservation des épaves, qui constituent des témoignages précieux du passé.

