Les candidats ont-ils la foi ?
De Gabriel Attal à Marine Le Pen, cinq candidats à la Présidentielle ont assisté à la messe célébrée par le pape. Ont-ils écouté Léon XIV jusqu'au bout ?.
Cinq candidats à l’élection présidentielle française de 2027 ont assisté à la messe célébrée par le pape Léon XIV à Paris le 26 septembre 2026. Il s’agit d’Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Éric Zemmour et Marine Le Pen. Cette présence s’inscrit dans un contexte politique tendu, à sept mois du scrutin. Parmi les personnalités politiques présentes figuraient également Sébastien Lecornu, Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet, respectivement deuxième, troisième et quatrième personnages de l’État. Emmanuel Macron, lui, n’était pas présent à cette messe, mais il assistera à une autre célébration du pape à Metz, en Lorraine, lors de la dernière étape de son voyage en France. Cette participation de figures politiques à des événements religieux soulève des questions sur la place de la religion dans la sphère publique, notamment en lien avec le principe de laïcité en vigueur en France depuis la loi de 1905.
La présence de candidats à une messe papale relance le débat sur la compatibilité entre laïcité et engagement religieux en politique. En 2023, lors d’une précédente visite du pape François à Marseille, Emmanuel Macron avait déjà suscité des critiques à gauche en assistant à une cérémonie religieuse. La laïcité, principe constitutionnel français, garantit la neutralité de l’État vis-à-vis des religions et interdit toute discrimination fondée sur les croyances. Cependant, son interprétation fait débat : certains estiment qu’elle implique une exclusion totale des religions de l’espace public, tandis que d’autres défendent une laïcité plus ouverte, permettant aux symboles religieux de s’exprimer dans la sphère collective. Le pape Léon XIV a d’ailleurs défini sa vision de la laïcité comme une approche "qui ne consiste pas à exclure la religion de l’espace public".
Les candidats à la présidentielle ont des motivations variées pour assister à la messe papale. Certains, comme Jordan Bardella, ont présenté cet événement comme un moment de communion nationale, transcendant les clivages politiques. Cependant, des observateurs soulignent que cette présence pourrait aussi servir des objectifs électoraux. Ségolène Royal, candidate à la présidentielle, a d’ailleurs plaisanté en déclarant qu’elle cherchait à obtenir la bénédiction du pape pour gagner l’élection. Après la messe, Bardella a réaffirmé son engagement pour une France qu’il décrit comme "redressée", en insistant sur des thèmes identitaires. Pourtant, il a précisé à titre personnel ne pas être croyant, ce qui interroge sur la sincérité de ces engagements religieux.
Les candidats présents à la messe ne partagent pas tous les mêmes valeurs ou les mêmes positions sur des sujets sociétaux clés. Par exemple, Bruno Retailleau est en accord avec le Vatican sur la condamnation de l’aide à mourir, tandis que d’autres candidats pourraient diverger sur ce point. Le pape Léon XIV a également évoqué une "juste laïcité" qui ne rejette pas la religion de l’espace public, une vision qui pourrait entrer en conflit avec des propositions politiques comme l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, défendue par Marine Le Pen. De plus, le pape a rappelé l’importance de l’accueil des migrants, un sujet sensible dans la campagne électorale, mais aucun candidat n’a encore clairement repris à son compte cet appel à l’intégration des étrangers.
La présence de candidats à la messe papale semble s’inscrire dans une stratégie de communication visant à capter l’électorat catholique ou à renforcer leur image auprès des électeurs sensibles aux questions identitaires. Cependant, cette approche soulève des questions sur l’authenticité de leur engagement religieux. Certains candidats, comme Jordan Bardella, affichent une foi sélective, en participant à des événements religieux tout en adoptant des positions politiques qui ne coïncident pas toujours avec les enseignements du pape. Cette instrumentalisation de la religion à des fins électorales interroge sur la sincérité de ces engagements et sur leur compatibilité avec les principes de laïcité et de neutralité de l’État.

