Les scientifiques ont percé le secret de longévité du plus vieil animal terrestre, une tortue de 194 ans
L'ADN de cette tortue géante, la plus vieille au monde, a révélé plusieurs mécanismes qui l'aideraient à défier le temps. Ses mitochondries, en particulier, semblent exceptionnellement efficaces..
Jonathan, une tortue géante des Seychelles, est aujourd’hui le plus vieil animal terrestre vivant, avec 194 ans. Pour mettre cela en perspective, cette tortue était déjà adulte lorsque Charles Darwin menait ses recherches ou qu’Abraham Lincoln dirigeait les États-Unis. Son espèce, les tortues des Seychelles, est réputée pour sa longévité, mais Jonathan dépasse largement les records habituels : l’âge moyen de son espèce est d’environ 80 ans, et l’âge maximal observé était de 96 ans. Aujourd’hui, il vit sur l’île de Sainte-Hélène, dans l’Atlantique Sud, dans un domaine protégé appelé Plantation House, où il est soigné et nourri par une équipe dédiée.
Les scientifiques ont séquencé l’ADN de Jonathan et l’ont comparé à celui de quatre autres tortues des Seychelles âgées de 5 à plus de 90 ans. Cette analyse a révélé que Jonathan possède 287 variants génétiques uniques, c’est-à-dire des différences dans son code génétique qui ne se retrouvent pas chez les autres tortues étudiées. Certains de ces variants jouent un rôle clé dans des processus biologiques comme la réparation de l’ADN, le maintien des télomères (les extrémités protectrices des chromosomes), la régulation de l’insuline, le fonctionnement des mitochondries (les centrales énergétiques des cellules) et la prévention du cancer. Ces mécanismes permettent à ses cellules de rester fonctionnelles plus longtemps que celles des autres espèces.
Les mitochondries de Jonathan sont particulièrement efficaces. Ces organites, présents dans presque toutes nos cellules, produisent de l’énergie sous forme d’ATP, ce qui permet aux cellules de fonctionner. Chez Jonathan, elles semblent fournir une énergie supplémentaire à ses systèmes de réparation de l’ADN, ce qui lui permet de mieux résister aux effets du vieillissement. Les chercheurs ont observé que certaines parties de son génome liées à la fonction mitochondriale étaient aussi jeunes que celles d’une tortue de 5 ans, alors qu’il en a 194. Cette efficacité mitochondriale est un facteur clé de sa longévité exceptionnelle, un phénomène déjà observé chez d’autres espèces à longue durée de vie, comme une femme de 117 ans étudiée par le chercheur Manel Esteller.
L’environnement protégé dans lequel vit Jonathan joue également un rôle dans sa longévité. Installé à Plantation House, un domaine sécurisé sur l’île de Sainte-Hélène, il est à l’abri des prédateurs et bénéficie de soins vétérinaires réguliers. Une équipe s’occupe de son alimentation et de sa santé, ce qui lui permet de vivre dans des conditions optimales. Les chercheurs soulignent que ces facteurs externes, combinés à ses particularités génétiques, contribuent à sa survie exceptionnelle. Cependant, ils précisent que son patrimoine génétique reste le principal responsable de sa longévité record.
L’étude sur l’ADN de Jonathan a été menée par une équipe internationale dirigée par Stephen Clark, coauteur et directeur scientifique de l’organisation américaine Kallel, ainsi que par Justin Gerlach, biologiste à l’université de Cambridge au Royaume-Uni. Leurs travaux, publiés dans la revue *Science Advances* et relayés par *New Scientist* et *IFL Science*, révèlent que Jonathan possède des *régulateurs génétiques* particulièrement stables. Ces régulateurs permettent à ses cellules de fonctionner correctement bien plus longtemps que celles des humains ou d’autres espèces. Les chercheurs espèrent que ces découvertes pourront un jour inspirer des recherches sur le vieillissement chez l’humain.

