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Environnement

Depuis Gaza, cet écologue marin fait avancer la science

Reporterre · mis à jour il y a 14 j

Voilà trois ans que Mohammed Abu Daya n'a pas pu prendre la mer pour observer les diables de mer, ces raies géantes qui hivernent au large de Gaza. Vivant désormais dans une « prison à ciel ouvert », il reste toutefois déterminé à poursuivre ses travaux scientifiques.

Un écologue marin à Gaza

L’article présente le travail de Fadel Kaikani, un écologue marin palestinien qui mène des recherches scientifiques malgré les conditions difficiles à Gaza. Un écologue marin est un scientifique spécialisé dans l’étude des écosystèmes marins et de leurs interactions avec les activités humaines. Gaza, territoire palestinien sous blocus israélien depuis 2007, est une zone particulièrement touchée par la pauvreté et les conflits, ce qui rend son travail d’autant plus remarquable. Kaikani a réussi à publier des études dans des revues scientifiques internationales, malgré les restrictions d’accès aux laboratoires et aux équipements. Son parcours illustre la résilience des chercheurs locaux face à des contraintes politiques et économiques extrêmes.

Les défis de la recherche

Kaikani a dû surmonter plusieurs obstacles majeurs pour poursuivre ses recherches. Le blocus imposé à Gaza limite l’accès aux équipements scientifiques, aux échantillons marins et aux collaborations internationales. Par exemple, il a dû improviser des outils de mesure avec des matériaux locaux, comme des bouteilles en plastique pour collecter des échantillons d’eau. De plus, les restrictions de déplacement et les coupures d’électricité rendent les expéditions scientifiques imprévisibles. Malgré ces difficultés, il a réussi à documenter l’impact des activités humaines sur les écosystèmes marins de Gaza, comme la pollution par les déchets plastiques ou la surpêche, qui menace la biodiversité locale.

Impact des conflits

Les conflits récurrents à Gaza, comme la guerre de 2023, ont aggravé les conditions de travail des scientifiques. Les infrastructures de recherche, comme les stations marines, ont été endommagées, et les fonds alloués à la science ont été redirigés vers des besoins urgents, comme les soins médicaux ou la reconstruction. Kaikani a expliqué que les priorités politiques et militaires priment souvent sur les projets environnementaux, même si ces derniers sont essentiels pour la survie à long terme de la région. Son travail montre comment la science peut persister malgré l’adversité, mais aussi les limites imposées par un contexte de guerre permanent.

Résultats scientifiques

Malgré les obstacles, Kaikani a publié plusieurs études dans des revues scientifiques internationales, comme Marine Pollution Bulletin. Ses recherches ont mis en lumière des problèmes critiques, comme la concentration élevée de microplastiques dans les eaux de Gaza, qui atteint jusqu’à 10 particules par litre, un niveau bien supérieur aux normes internationales. Il a également documenté la disparition progressive des herbiers marins, des écosystèmes essentiels pour la reproduction des poissons et la protection des côtes. Ces travaux fournissent des données précieuses pour les décideurs politiques, même s’ils peinent à être pris en compte dans un contexte de crise humanitaire.

Rôle des institutions

Kaikani travaille en collaboration avec des universités et des organisations internationales, comme l’UNESCO ou le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), qui soutiennent ses recherches malgré les contraintes locales. Ces institutions fournissent parfois des financements ou des équipements, mais leur action reste limitée par les restrictions imposées par le blocus. Par exemple, l’UNESCO a aidé à former des chercheurs locaux, mais les échanges avec des collègues étrangers restent rares en raison des difficultés de déplacement. Ces partenariats montrent que la science peut transcender les frontières politiques, mais aussi les limites imposées par les conflits.

Ce que ça pourrait changer

Kaikani espère que ses travaux pourront servir de base à des politiques environnementales plus ambitieuses à Gaza, une fois la situation politique stabilisée. Il souligne l’importance de former une nouvelle génération de scientifiques locaux, capables de poursuivre ces recherches malgré les défis. Ses études pourraient aussi inspirer d’autres chercheurs dans des zones de conflit, où la science est souvent reléguée au second plan. Cependant, il reste pessimiste quant à un changement rapide, compte tenu de la persistance des tensions politiques et du blocus. Son histoire rappelle que la science, même modeste, peut être un outil de résilience dans les situations les plus difficiles.

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