Attaques russes : l’Europe est dans une paix hybride
Plus de 150 attaques commanditées par Moscou ont été conduites en Europe depuis 2022. L’article Attaques russes : l’Europe est dans une paix hybride est apparu en premier sur Le Grand Continent..
La Russie mène en Europe une stratégie appelée guerre hybride, qui brouille délibérément les frontières entre conflit armé et paix. Cette approche combine des actions clandestines comme des sabotages, des cyberattaques ou des campagnes de désinformation, sans pour autant déclencher une déclaration de guerre officielle. Par exemple, des drones chargés d’explosifs ont été découverts sur des aéroports civils en Allemagne, tandis que des usines produisant du matériel militaire pour l’Ukraine en Italie et en Bulgarie ont été la cible d’explosions. L’objectif est d’affaiblir l’Europe sans franchir le seuil d’une riposte militaire directe, notamment celle prévue par l’article 5 du Traité de l’OTAN, qui considère une attaque contre un membre comme une attaque contre tous. Cette stratégie vise à semer l’instabilité tout en évitant une escalade majeure.
La Russie s’appuie sur plusieurs méthodes pour mener ses opérations hybrides. Elle utilise des agents jetables, des civils recrutés localement via des réseaux criminels ou des messageries cryptées, qui ignorent souvent travailler pour Moscou. Entre 2022 et février 2026, 151 incidents impliquant ces recrues ont été recensés par les services de renseignement. Par ailleurs, le Kremlin exploite des infrastructures critiques comme les aéroports, les sites militaires ou les industries de défense. Entre juin et octobre 2025, au moins 40 incidents impliquant des drones ont été signalés en Europe, avec des survols, des écrasements ou des interceptions. Ces actions sont souvent attribuées à des réseaux criminels locaux, qui servent d’intermédiaires entre Moscou et les exécutants.
Les cibles privilégiées de la Russie en Europe sont les infrastructures stratégiques et les industries liées à la défense. En août 2026, un incendie a ravagé un bâtiment appartenant à Milrem Robotics, une entreprise estonienne fournissant des robots militaires à l’Ukraine. Le même mois, des explosions ont touché une usine de munitions près de Rome et une autre en Bulgarie, produisant des obus d’artillerie et des roquettes pour Kiev. Ces attaques, bien que spectaculaires, sont calculées pour rester sous le seuil d’une riposte militaire directe. Leur multiplication coïncide avec des périodes électorales sensibles, comme les élections régionales en Allemagne ou la présidentielle en France, où des candidats ont été la cible de campagnes de désinformation.
Face à ces menaces, les pays européens adoptent des positions divergentes. Les nations d’Europe de l’Est, proches des frontières russes, reconnaissent explicitement la notion de guerre hybride, tandis que les pays d’Europe de l’Ouest préfèrent parler de zone grise, un espace où les actions russes se situent entre paix et conflit. En Allemagne, le ministre de l’Intérieur a déclaré en août 2026 que le pays était « quotidiennement la cible d’une guerre hybride », sans nommer la Russie. Cependant, les gouvernements évitent généralement de désigner Moscou directement pour ne pas aggraver les tensions. L’International Institute for Strategic Studies (IISS) estime que les opérations de sabotage russes en Europe ont presque quadruplé entre 2023 et 2024, soulignant l’ampleur de cette menace.
Les activités d’ingérence russe en Europe s’intensifient à l’approche d’élections majeures. En Allemagne, plusieurs *Länder* comme la Saxe-Anhalt renouvellent leurs législatures à partir de septembre 2026, tandis qu’en France, des candidats à la présidentielle comme Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann ou Gabriel Attal ont été visés par des campagnes de désinformation. Ces attaques visent à influencer l’opinion publique et à déstabiliser les démocraties européennes. La Russie utilise des réseaux criminels et des agents locaux pour mener ces opérations, ce qui rend leur attribution difficile et limite les réponses politiques ou militaires. Ces stratégies s’inscrivent dans une logique de pression constante, sans engagement dans un conflit ouvert.

