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Philosophie

Élections au Brésil : « la bataille sera terrible »

Contretemps · mis à jour 29 sept.

Le 1er tour de l’élection présidentielle brésilienne aura lieu le 4 octobre prochain. L’historien et militant Valério Arcary décrypte les immenses enjeux de ce scrutin.

Contexte électoral brésilien

Le Brésil, plus grand pays d’Amérique latine avec plus de 210 millions d’habitants, se prépare à une élection présidentielle décisive en 2026. Treize candidats sont en lice, mais seuls deux s’affrontent réellement dans les sondages : Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, président sortant du Parti des travailleurs (PT), candidat à un quatrième mandat, et Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils de l’ex-président Jair Bolsonaro (2019-2023) et membre du Parti libéral (PL). Lula, ancien ouvrier métallurgiste, incarne un projet politique axé sur les réformes sociales et démocratiques, tandis que Flavio Bolsonaro, soutenu par des figures comme Donald Trump ou Javier Milei, représente une extrême droite radicale. Le pays est profondément divisé, tant sur le plan social que géographique, avec des clivages marqués entre régions, genres, revenus et origines ethniques.

Sondages et divisions électorales

Les sondages indiquent une avance de Lula au premier tour, mais un second tour incertain où les deux candidats sont au coude-à-coude. Flavio Bolsonaro bénéficie du soutien de la majorité des hommes, des personnes se définissant comme blanches, des électeurs gagnant plus de 2 salaires minimaux (soit 500 €), des évangélistes et des habitants du Sud du Brésil. À l’inverse, Lula est plébiscité par les femmes, les personnes noires et métisses, les travailleurs gagnant moins de 2 salaires minimaux, les catholiques et les habitants du Nord-est. Ces divisions reflètent les inégalités structurelles du Brésil, où 50 % des femmes soutiennent Lula contre 50 % des hommes pour Bolsonaro. Le pays compte 27,5 % d’évangéliques, un groupe qui vote majoritairement pour l’extrême droite.

Programmes politiques opposés

Lula défend son bilan, marqué par des réformes sociales comme le Bolsa Família (programme de transferts de revenus lancé en 2003, sorti 40 millions de Brésiliens de l’extrême pauvreté), l’accès universel à la santé, l’indexation des pensions au salaire minimum et la réduction de la semaine de travail. Il promet aussi un approfondissement des réformes éducatives et la lutte contre les féminicides. Flavio Bolsonaro, lui, propose un programme néolibéral inspiré de Javier Milei : coupes dans les dépenses publiques, baisse de l’endettement, privatisations massives et renforcement de la répression (police, prisons de haute sécurité, castration chimique des délinquants sexuels). Son alignement sur Donald Trump inclut une participation au Bouclier des Amériques, une coalition militaire sous égide américaine contre le crime organisé.

Bolsonarisme et héritage politique

Flavio Bolsonaro se présente comme plus modéré que son père, Jair Bolsonaro, actuellement emprisonné pour avoir tenté un coup d’État en janvier 2023. Pourtant, il incarne la continuité du bolsonarisme, un mouvement qualifié de proto-fasciste par l’expert Valerio Arcary. Son objectif est d’annuler les avancées démocratiques et sociales post-dictature (1984), comme les programmes sociaux, les droits syndicaux ou la souveraineté nationale. Il vise aussi à affaiblir les mouvements populaires (féministes, écologistes, LGBTQ+, antiracistes) et à privatiser les services publics. Son élection signifierait un recul historique, plus radical que celui de son père, limité par la pandémie de Covid-19 (700 000 morts au Brésil).

Rôle du racisme et des inégalités

Le Brésil, dernier pays à abolir l’esclavage en 1888, reste marqué par un racisme structurel. Les politiques de quotas mises en place par les gouvernements PT ont permis à une classe moyenne noire d’émerger, accédant à des postes qualifiés (médecins, ingénieurs) et à la consommation. Ce progrès est rejeté par une partie de la bourgeoisie et de la classe moyenne blanche, habituée à une société ségrégée. Ces groupes votent pour Bolsonaro, perçu comme un rempart contre l’égalité raciale. Par ailleurs, les inégalités économiques alimentent le ressentiment : les travailleurs aisés, bénéficiant de services privés (santé, éducation), critiquent les transferts sociaux et accusent le PT de corruption, malgré une stagnation économique et une inflation élevée ces dix dernières années.

Menaces externes et géopolitique

L’élection brésilienne s’inscrit dans un contexte latino-américain hostile aux forces progressistes. En 2025-2026, l’extrême droite a remporté des élections en Équateur, Bolivie, Chili, Pérou et Colombie. Les États-Unis, sous Donald Trump, multiplient les pressions : menaces de droits de douane à 50 % sur les importations brésiliennes en 2025, puis à 25 % et 12,5 % en 2026 pour dissuader une victoire de Lula. Trump a aussi soutenu la destitution du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier 2026 et impose un embargo à Cuba. En cas de victoire de Lula, Flavio Bolsonaro pourrait contester les résultats, avec le soutien potentiel de Trump, risquant une répétition du coup d’État manqué de janvier 2023.

Ce que ça pourrait changer

Pour contrer Flavio Bolsonaro, Lula doit mobiliser son électorat traditionnel (femmes, pauvres, noirs) tout en séduisant les classes moyennes divisées. Une victoire dépendra de sa capacité à convaincre dans le Sud-est (São Paulo, Minas Gerais, Rio de Janeiro), région clé où la gauche est en retard. Il devra aussi clarifier sa volonté d’approfondir les réformes sociales, au-delà de son bilan, et insister sur la menace que représente Bolsonaro pour les droits démocratiques. La gauche brésilienne, bien que organisée, doit éviter les divisions internes pour affronter une extrême droite unie et soutenue par les élites économiques, qui voient en Lula une menace pour leurs privilèges.

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