L’Odyssée au sommet du box-office mondial, porté par l’engouement pour l’IMAX 70 mm
C'est le premier long métrage de fiction à être entièrement tourné en IMAX 70 mm, un format né à Montréal..
Le film L’Odyssée, réalisé par Christopher Nolan, a connu un succès commercial exceptionnel lors de sa première fin de semaine à l’affiche. Avec des recettes mondiales de 264,1 millions de dollars américains (soit 370,2 millions de dollars canadiens), il a largement dépassé les prévisions, qui tablaient sur 90 à 100 millions de dollars en Amérique du Nord. Dans cette région, le film a généré 124,5 millions de dollars (174,5 millions de dollars canadiens), un score remarquable pour un long métrage. Ce succès s’explique en partie par son format innovant : il s’agit du premier film de fiction entièrement tourné en IMAX 70 mm, une technologie argentique rare et très prisée des cinéphiles. En Amérique du Nord, il était projeté sur 3 900 écrans, mais seulement 41 salles dans le monde, dont 9 au Canada, proposaient la version en IMAX 70 mm. Ces dernières ont contribué à hauteur de 6,3 millions de dollars (8,8 millions de dollars canadiens) aux recettes globales.
L’IMAX 70 mm est un format de projection cinématographique argentique utilisant une pellicule de 70 millimètres de large, contre 35 millimètres pour un film classique. Cette technologie, développée par la société canadienne IMAX, offre une image d’une netteté, d’une clarté et d’une profondeur inégalées, avec une résolution bien supérieure. Elle permet une immersion totale du spectateur grâce à un écran géant qui remplit son champ de vision périphérique, créant une impression de 3D sans lunettes. Pour L’Odyssée, Christopher Nolan a exigé que le film soit tourné entièrement en IMAX 70 mm, malgré les contraintes techniques : les caméras sont bruyantes et encombrantes, et la pellicule nécessite des projecteurs spécifiques. Seules 41 salles dans le monde étaient équipées pour diffuser le film dans ce format, dont le cinéma Banque Scotia à Montréal, qui a dû remettre en service son projecteur 70 mm, inutilisé depuis Interstellaire (2014).
La diffusion d’un film en IMAX 70 mm repose sur une logistique minutieuse et coûteuse. Pour L’Odyssée, 130 projectionnistes dans le monde ont été formés pendant une semaine pour manipuler les bobines de pellicule, longues de près de 18 kilomètres et pesant plus de 270 kilogrammes au total. Ces bobines doivent être chargées avec précision dans les projecteurs, puis surveillées en permanence pour éviter tout incident pendant la séance. Le film, d’une durée de 2 heures et 52 minutes, mobilise des équipements spécifiques : les caméras IMAX ont été modifiées pour réduire leur bruit et permettre un tournage fluide, notamment pour les scènes avec des acteurs. Le budget du film s’élève à 250 millions de dollars américains (350 millions de dollars canadiens), un coût élevé justifié par l’ambition artistique et technique du réalisateur.
L’histoire de l’IMAX est étroitement liée au Canada, plus précisément à Montréal. C’est lors de l’Expo 67, une exposition universelle tenue à Montréal en 1967, que les réalisateurs canadiens Graeme Ferguson et Roman Kroitor ont eu l’idée de développer cette technologie. Leur projet initial consistait à projeter un film sur cinq écrans disposés en croix, mais ils ont finalement opté pour un écran unique et géant, enveloppant le spectateur. Le Labyrinthe de l’Office national du film du Canada, présenté à l’Expo 67, a joué un rôle clé dans cette innovation. Aujourd’hui, le cinéma Banque Scotia de Montréal est l’un des rares lieux au monde à proposer des projections en IMAX 70 mm, perpétuant ainsi l’héritage technologique canadien.
Christopher Nolan, réalisateur de L’Odyssée, est un ardent défenseur du format IMAX 70 mm, qu’il considère comme une expérience cinématographique unique. Selon lui, ce format permet de faire disparaître l’écran et d’immerger totalement le spectateur dans l’univers du film, grâce à une image d’une qualité exceptionnelle et à un écran géant occupant tout le champ de vision. Cette immersion crée une sensation proche de la 3D sans lunettes, sans nécessiter de technologie supplémentaire. D’autres cinéastes, comme Denis Villeneuve (Dune) ou Ryan Coogler (Sinners), utilisent également ce format pour leurs films, attirés par sa capacité à transformer la projection en une partie intégrante du processus créatif. Pour les spectateurs, cette expérience est perçue comme un retour à l’essence même du cinéma, où la salle devient un lieu de découverte sensorielle.
Le succès de *L’Odyssée* en *IMAX 70 mm* s’inscrit dans une stratégie plus large des studios et réalisateurs pour attirer le public en salle, alors que le cinéma traditionnel perd du terrain face aux plateformes de streaming comme *Netflix*. En proposant des expériences impossibles à reproduire à la maison, les cinéastes espèrent redonner de l’attrait aux salles de cinéma, notamment auprès des jeunes générations comme la *génération Z*. *Rich Gelfond*, directeur général d’*IMAX*, souligne que ce format transforme le film en un *événement culturel mondial*, capable de générer des recettes exceptionnelles. Le cinéma devient ainsi un lieu d’exception, où la technologie et l’art se combinent pour offrir une expérience mémorable, loin des écrans domestiques.

