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Prunier ou abricotier ? Le marmottier, un arbre fruitier qui brouille les pistes

The Conversation France · mis à jour il y a 11 j

Marmottier (_Prunus brigantina_) dans les Alpes françaises, en 2017. Stéphane Decroocq , Fourni par l'auteur L’ESSENTIEL Prunus brigantina est un arbre fruitier sauvage que l’on retrouve en altitude dans les Alpes et que la science a longtemps hésité à rattacher soit aux pruniers, soit aux abricotiers.

Un arbre alpin méconnu

Le marmottier (Prunus brigantina) est un arbre fruitier sauvage qui pousse exclusivement dans les Alpes du Sud françaises et le Piémont italien, jusqu’à 1 900 mètres d’altitude. Considéré comme l’un des fruitiers les plus hauts d’Europe, il a été décrit pour la première fois en 1786 par le botaniste français Dominique Villars, dans son ouvrage Histoire des plantes du Dauphiné. Cet arbre, endémique à cette région, est adapté à des conditions écologiques difficiles : milieux secs, ensoleillés et rocheux. Son port buissonnant et ses rameaux épineux en faisaient autrefois un arbuste de haies utilisé pour délimiter les parcelles agricoles et contenir les troupeaux lors de la transhumance. Malgré son nom, il n’a jamais été cultivé dans les vergers, contrairement à d’autres fruitiers comme les pruniers ou les abricotiers.

Un fruit aux multiples noms

Le marmottier doit son nom à son fruit, appelé « marmotte » dans certaines populations locales. Ce petit fruit jaune, acide et peu sucré, a parfois été transformé en confiture. Cependant, c’est surtout son amande qui était exploitée : on en extrayait une huile réputée pour ses usages alimentaires et médicinaux, notamment comme remède contre les coliques. La production d’huile était extrêmement faible : il fallait environ 10 000 amandons pour obtenir un litre d’huile, vendue à un prix trois fois supérieur à celui de l’huile d’olive et deux fois à celui de l’huile de noix. Cette huile, faiblement dosée en acide cyanhydrique, pouvait être consommée en petite quantité. Le botaniste Dominique Villars a donné à cette huile le nom d’« huile de marmote » (avec un seul t), pour la distinguer de la graisse de l’animal.

Un casse-tête taxonomique

Classer le marmottier au sein du genre Prunus a longtemps posé problème aux scientifiques. Ce genre regroupe les arbres à fruits à noyau, comme les pruniers et les abricotiers. Morphologiquement, le marmottier ressemble davantage à un prunier, notamment par ses fruits à peau lisse et ses structures dépourvues de duvet, contrairement aux abricots qui sont velus. Cependant, des études génétiques récentes ont montré des résultats contradictoires : certaines suggéraient qu’il appartenait à la section des abricotiers (Armeniaca), tandis que d’autres le plaçaient parmi les pruniers (Prunus). En 2026, une étude phylogénétique à grande échelle a finalement attribué le marmottier à la section Prunus, confirmant son classement comme prunier. Cette classification est désormais en accord avec son apparence et ses caractéristiques génétiques.

Un réservoir de gènes précieux

Le génome du marmottier a été entièrement décrypté en 2026 par le Genoscope et l’Inrae, dans le cadre d’un projet international de caractérisation de la biodiversité européenne. Ce génome complet permet aux chercheurs de comparer les régions génomiques partagées entre le marmottier et ses cousins, comme les pruniers, afin de reconstituer leur arbre généalogique et d’identifier des gènes d’intérêt. Le marmottier possède en effet des gènes de résilience remarquables, adaptés à des conditions extrêmes : sols pauvres, sécheresse et altitudes élevées. Ces gènes pourraient être introduits dans les variétés cultivées de pruniers pour les rendre plus résistantes au changement climatique, tout en réduisant les besoins en arrosage et en traitements chimiques. Cependant, ces gènes sont menacés par la fragmentation de l’habitat du marmottier.

Une espèce en danger

Les populations de marmottiers sont aujourd’hui fragilisées par les activités humaines, le surpâturage et le développement des pistes de ski. Son habitat, autrefois plus étendu, se réduit désormais à des zones localisées comme le Queyras, le Mercantour et les Écrins. Trois groupes génétiques distincts ont été identifiés, mais leur isolement menace la diversité génétique de l’espèce. Pour éviter sa disparition, des scientifiques de l’Inrae ont mis en place des vergers conservatoires : des collections d’arbres cultivés hors de leur milieu naturel, afin de préserver leur diversité génétique. Une quarantaine d’individus stratégiques a été sélectionnée pour représenter l’ensemble de la diversité connue du marmottier. Ces vergers jouent un rôle clé dans la sauvegarde de l’espèce et dans la recherche, en offrant un réservoir de gènes potentiellement utile pour les vergers de demain.

Ce que ça pourrait changer

La préservation du marmottier ne concerne pas seulement la sauvegarde d’une espèce rare, mais aussi la préparation des vergers face aux défis climatiques. En puisant dans la diversité génétique de ce fruitier sauvage, les chercheurs espèrent créer des variétés de pruniers plus résistantes à la sécheresse, aux sols pauvres et aux maladies, sans recourir à des intrants chimiques. Cette approche s’inscrit dans une logique de conservation et de valorisation de la biodiversité sauvage, afin d’enrichir les cultures actuelles. Cependant, cette stratégie dépend de la survie même du marmottier, dont les populations naturelles doivent être protégées pour que ses gènes restent accessibles. Les vergers conservatoires jouent ainsi un double rôle : sauvegarder l’espèce et servir de laboratoire pour l’agriculture de demain.

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